LIVRE V. — LETTRE DOUZIÈME
ils ont leur établissement et leur famille. Le motif de leur voyage est de s'acquitter de certaines visites et de cerlains hommages qui leur sont commandés par le devoir. Us vous donneront des nouvelles très-authentiques touchant la ville de Malacca , nos travaux dans cette place et les fruits qui en sont résultés, toutes choses dont ils sont parfaitement instruits, en ayant été les témoins.
Ils vous portent encore une lettre du P. François Pérez, dans laquelle celui-ci vous donne, ainsi que je le pense, car il me l'a promis , des détails étendus et circonstanciés psur les succès qui sont résultés dans ces contrées des œuvres spéciales à notre Compagnie ; ils ne vous laisseront rien ignorer de ce qui regarde les affaires de la Chine et du Japon : depuis longtemps, en effet, ils habitent Malacca, qui se trouve être le plus directement en relations avec ces empires et leurs habitants, et où l'on en connaît le mieux les caractères et les coutumes. Tous mes amis -et .; tous les gens qui me connaissent me témoignent une yîM^ surprise, de ce que je me livre aux hasards d'une nâvigaf tion lointaine^ et très-périlleuse ; mais je suis plus surpris encore de la faiblesse de leur foi. Notre Dieu tient en sa main, et sous sa puissance, les ouragans de la mer de Chine et de celle du Japon, et d'un commun aveu, ce sont les tempêtes les plus formidables qui soient au monde (IJ. Tous les vents sont de même en sa puissance, ainsi que les écueils, les récifs et les passes dangereuses qui sont innombrables en ces parages, et qui recèlent dans leur sein mille hasards funestes. A son empire sont soumis les pirates, dont
(1) Les typhons {taï fong, vent violent) des mers de la Chine peuvent survenir, et surviennent ordinairement une ou deux fois pendant chaque saison d'été. Ces ouragans terribles, où le vent décrit une révolution des trois quarts environ du compas, avec une puissance de dix lieues, — quelquefois de trente et quarante, — à l'heure, enlèvent et anéantissent la plupart des vaisseaux qu'ils rencontrent. Tous les ans il périt, par ce fléau naturel, un nombre infini de créatures humaines : à Macao, en 1848, après un typhon, les débris de cent barques de pécheurs et deux ou trois cents cadavres jonchaient le rivage du port intérieur.