CHAPITRE SIXIÈME (15Z|9-1551). XCllI
Méaco, avec le F. Joam Fernandez et Bernard, le premier Japonais baptisé dans Cangoxima. Les périls et les souffrances de ce voyage furent infinis. Les rigueurs de l'hiver, si excessives dans ces contrées, et aussi les vents et les neiges, rendaient les passages comme impraticables ; les pirates qui infestaient la mer et les brigands de la terre pouvaient à toute heure surprendre nos missionnaires. Enfin, les privations et les longs trajets épuisaient leurs forces. Leur unique nourriture fut, pendant tout le temps, du riz à peine grillé, que Bernard portait dans un sac. ]\îal vêtus, à peine chaussés, perlant chacun sa valise , Xavier et ses compagnons cheminaient cependant avec confiance et rendaient gloire à Dieu (1).
Bernard, qui conduisait la pieuse caravane, s'égarait souvent, et souvent ils recommençaient bien des pas. • '
Un jour, dans l'appréhension des voleurs, ils se joignirent à des marchands qui voyageaient à cheval , et Xavier, afin de se les rendre favorables, s'offrit à porter la valise de l'un d'eux ; et il le suivit ainsi longtemps, courant' à pied avec ce fardeau, derrière le cavalier, qui précipitait sa course afin d'éviter les voleurs.
Deux fois il arriva que le Père fut blessé par les flèches des gens qui le poursuivaient.
Deux fois aussi, se voyant au moment de tomber entre les mains de ses ennemis, il fut déUvré par de violents orages, qui s'élevèrent soudainement et dispersèrent ses persécuteurs.
Tous ces différents prodiges sont attestés solennellement dans les actes de la canonisation du Saint.
Enfin, après s'être reposés à Sacaï pendant quelques jours, parce les pieds du Saint étaient déchirés de plaies, et que la fièvre le rendait impuissant à continuer sa route, les voyageurs arrivèrent, au bout de deux mois, en vue de Méaco.
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(1) S'il arrivait au Saint de tomber dans la route, il répétait, dit Lucena, ces paroles du Prophète : «Dans les sentiers de votre loi vous avez, Seigneur, affermi mon âme etvous l'avez fait marcher : vous n'avez point permis «lu'elle tombât, et qu'elle s'elevàt jamais contre vous (Ps.lv, 12) .>- Et ces autres paroles du Psalmiste : « Le Seigneur étend sa droite afin de vous soutenir... (Ps. xnv, 6). Et enfin ces autres paroles écrites sur les démons : " Ce sont eux qui ont succombé et qui ont péri pour ne se relever jamais ; maisnoui qui sommes tombés par le péché d'Adam, nous sommes relevés et ressuscites par la grâce de Jésus- Christ (Ps.xix, S). »
VIE DE SAINT FRANÇOIS-XAVIER
Cette capitale immense, longue de six lieues et large de trois, avait contenu trois cent mille maisons : alors elle n'en avait qu'environ cent mille, par l'effet des guerres et des incendies. Au temps où l'homme de Dieu pénétra dans cette ville, elle était violemment agitée par les révoltes des seigneurs et les séditions du peuple. Xavier sollicita vainement une audience de l'empereur ; les officiers du palais exigèrent un prix considérable pour lui ouvrir les portes du palais, et il dut renoncer à l'accomplissement de son vœu.- Mais une audience même, s'il l'avait obtenue , n'eût pu lui procurer aucun fruit, de la part d'un souverain sans autorité, et de qui les vassaux rebelles étaient plus puissants que lui-même.
Le Saint, néanmoins, prêcha sur les places, en présence de la multitude ; il y répandit parmi les hommes cette bonne semence qui germe en son temps, après que, déposée en terre, elle y a demeuré pour attendre l'heure de l'accroissement et de la fécondité. Tous les habitants, préoccupés de guerre, accueillirent avec indifférence la prédication sainte. Mais quelques années plus tard, les rares néophytes convertis et baptisés par le Père, furent les fondements d'une Église nombreuse que les successeurs de Xavier cultivèrent et firent prospérer (1).
Ainsi ce voyage si pénible et les souffrances présentes paraissaient stériles à la première heure ; mais le Saint, éclairé par la foi, consolé par la prescience des résultats à venir, bénit les secrets conseils de la divine Providence ; et, lorsqu'il quittait Méaco, l'on raconte qu'il chantait ce cantique de triomphe que les Israélites récitèrent à leur sortie d'Egypte, le Psaume /« exitn. Les yeux tournés vers la ville superbe, il glorifiait en son cœur le Dieu des Empires, qui abaisse à ses pieds toutes les dominations, et qui devait un jour posséder un temple magnifique et des adorateurs nombreux dans cette métropole impériale.
Xavier s'embarqua sur le fleuve qui coule à Méaco, pour se rendre à Sacaï, et de cette ville à Firando. Considérant que les présents du vice-roi des Indes et du gouverneur de Malacca, desti-
(1) Les PP. Villela en 1559, Froes et Almeida et le F. Laurent en 1564, et le P. Organtin de Bresciaen 15G8 dirigèrent avec de grands fmits l'Église de Méaco.
Pendant les absences des missionnaires, tous ces fervents chrétiens allaient se confesser à Sacaï, c'est-à-dire à plusieurs lieues de distance.