‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 469 sur 759 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

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Yojage du Japon.

LETTRE PREMIÈRE

A la Compagnie il Goa (1).

Que la grâce et la charité de J.-G. N. -S. soient toujours avec nous ! Amen. v]^

Je vous ai longuement écrit de Malaçca au sujet de notW voyage jusqu'en cette ville après notre départ des Indes et sur nos travaux à Malacca pendant la durée de notre séjour : aujourd'hui je vous informerai des faits qui ont suivi. "

Nous avons abordé au Japon dans le mois d'août, par la faveur de la divine Providence, étant, partis de Malacca le jour même de la fête de saint Jean-Baptiste. Nous avons fait le voyage sur le navire d'un marchand chinois

(1) Le Saint écrivit le 5 novembre une lettre presque identique aux Confrères de Coïmbre. Nous l'avons omise, et ainsi que nous avons d^à fait en pareil cas, nous avons donné les variantes qui ajoutaient au récit ou le modifiaient.

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païen, qui s'était obligé yis-à-yis du gouverneur de Malacca de nous transporter au Japon. Par un émin eut bienfait de Dieu, les vents nous ont presque toujours été favorables. Mais comme la mauvaise foi domine souverainement dans les esprits barbares, notre patron avait changé de dessein : il commença bientôt à altérer notre route en direction du^^apon, et à s'arrêter en différentes îles pour laisser s'écouler le temps. ^ ,

Deux choses nous étaient infiniment douloureuses entre toutes les autres : l'une était que nous laissions se perdre un vent très-favorable, qui s'offrait à nous par un effet de la divine Providence ; et si ce vent venait à tomber, il nous devenait impossible de poursuivre notre route vers le Japon : nous aurions été contraints d'hiverner dans les parages de la Chine , et d'y attendre le retour de la mousson propice; l'autre était que le pilote et l'équipage rendaient un culte sacrilège à une idole qu'ils avaient avec eux sur le bâtiment, malgré tout notre mécontentement et nos vains efforts pour nous y opposer. Souvent ils consultaient le démon (1) pour savoir s'il était ou non de leur intérêt de se rendre au Japon, et pour connaître en même temps si nous devions avoir la mer favorable pendant la durée du voyage ; et les sorts, à les entendre, étaient tantôt Jieureux, et tantôt iji^eureux.

(1) La religion des Chinois n'a point son fondement dans l'idée divine d'un Créateur, à qui la créature doit un culte d'adoration. Les apparences de morale naturelle que l'on découvre çà et là dans les livres ne passent même pas dans la pratique. Race dégénérée , et comme en dissolution , les Ctiinois n'ont retenu des idées d'un monde extérieur que la crainte superstitieuse des mauvais esprits. Ils pratiquent sans cesse en l'honneur du démon des cérémonies idolâtriques, cherchant à conjurer sa colère et sa pernicieuse influence, le consultant sans cesse, l'associant continuellement à leur existence.

* Devons-nous demeurer surpris de voir des âmes humaines mener cette vie inférieure, quand récemment nous avons vu, dans des pays chrétiens, des personnes baptisées vouloir s'initier à des chimères criminelles, et solliciter du démon, en l'évoquant sous de mensongères apparences, les secrets du ciel et de la terre !

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