‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 470 sur 759 · LIVRE VI. — LETTRE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LETTRE PREMIÈRE

Après 300 milles, nous abordâmes dans une île où pous nous pourvûmes d'une quantité d'agrès, dans la prévision des ouragans qui régnent sur les mers de Chine. Nos marins firent mille sacrifices et cérémonies de leur culte idolâtrique, et jetèrent de nouveau les sorts, afin d'apprendre du démon si nous aurions les vents favorables ; et il arriva que la réponse nous promit en effet les vents les plus heureux. Nous levâmes l'ancre sans délai, et pleins de joie nous mîmes à la voile , ces gens se confiant à leur idole, qu'ils avaient placée à la poupe, et devant laquelle ils brûlaient des cierges et des baguettes odoriférantes en bois d'aigle (1), et nous, reposant notre espérance en Dieu, souverain Arbitre du ciel, de la terre et des mers, et en son Fils J.-G. , dont nous allions propager la religion parmi les Japonais.

Pendant notre navigation il leur vint en pensée de jeter de nouveau les sorts, pour savoir du démon si le bâtiment devait revenir sain et sauf du Japon à Malacca ; et le sort leur apprit qù^n effet le bâtiment arriverait au Japon, mais que jamais il ne reverrait Malacca. Grande hésitation alors ; enfin il fut résolu d'abandonner présentement le voyage du Japon, de demeurer tout l'hiver en Chine et de remettre notre expédition à l'année suivante. Quelles pensées, mes Frères, et quels sentiments devaient être les nôtres, au milieu de ces mers, tandis que le démon était consulté par ses enfants sur notre départ vers le Japon, et que

(1) Le bois d'aloès , ou bois d'aigle, n'a que le nom de commun avec le suc d'aloès que l'on lire d'une plante liliacée. — L'arbre aloès, appelé par les Chinois tchin hiang, par les Japonais sinkou, par les Cochinchinois colamiac, a reçu de nos naturalistes le nom d'aquilaria, ou bois d'aigle, d'après les Portugais. C'est un bois d'une odeur pénétrante, mais assez agréable.

Les Chinois ont dans leurs maisons et dans leurs barques de petites idoles devant lesquelles ils allument fréquemment des baguettes d'aloès ou de petites bougies de cire colorée : de même, à différentes heures, ils allument et livrent tout enflammés aux vents des papiers rouges semés de paillettes dorées en hommage aux mauvais génies. Ils accompagnent ces pratiques de prosternations réitérées.

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