‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 48 sur 759 · CHAPITRE SIXIÈME (15^9-1551). XCV · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME (15^9-1551). XCV

nés au souverain du Japon, pouvaient être offerts à bon droit au roi d'Amanguchi, plus puissant alors que l'empereur nominal, il résolut d'aller trouver ce prince et de lui en faire hommage {Lettres.ll, 201,222).

Oxindono fit au Père un accueil plein de bienveillance ; et en retour des présents portugais dontil parut charmé, il fit envoyer au Père une somme d'or et d'argent très-considérable. Xavier renvoya cet argent, à l'extrême surprise du roi , qui ne comprenait pas le saint désintéressement du missionnaire , et qui était habitué à l'avarice et à la cupidité de ses bonzes. Dans une seconde audience, Xavier présenta les liitlres du vice-roi des Indes et de l'évêque de Goa, en faveur de la religion de J.-C, et obtint d'Oxindono la faculté de prêcher publiquement la loi divine, et un édit permettant à tous les habitants du royaume d'embrasser cette loi. ,

En même temps le roi fit assigner à Xavier une bonzerie vacante pour en faire sa demeure, et le Père y fut bientôt visité d'une infinité de personnes : il raconte lui-même dans ses lettres au P. Ignace et aux autres membres de la Compagnie en Europe {Lettres, II, 153, 208, 238), les principales occupations de son ministère, et, à cet égard, nous renvoyons le lecteur à ces pieux récits.

Il réclame, dans les mêmes lettres, des ouvriers apostoliques, et, dans un langage plein d'éloquence, il expose toutes les qualités nécessaires pour le ministère évangéhque. Mais c'est dans notre auteur lui-même que l'on doit étudier ces vénérables leçons, et s'initier à la science des Apôtres,

Au milieu de tant d'œuvres et de soins aussi infinis, Xavier suffisait à tout ; il se multipliait lui-même dans ses efforts, et en même temps, l 'Esprit-Saint, qui voulait faire planer le vol de cet aigle au delà des espaces ouverts à ^humanité, permit que, dans une réponse, Xavier satisfît à la fois par une solution très-parfaite aux questions les plus différentes. C'était l'effet sublime des dons de l'EspritS-aint, tels qu'au cénacle les avaient reçus la Vierge Marie et les douze Apôtres, et qui convertirent trois mille hommes dans une seule prédication de saint Pierre. De même qu'à Babel, l'orgueil antique fut confondu dans la parole, et que les peuples divisés dans l'égarement de leurs voies , parsemèrent l'univers de leurs débris ignorants et sauvages; ainsi, le Verbe divin, le

VIE DE SAINT-FRANÇOIS-XAVIER

soleil de justice et de vérité, envoyant en cette âme comme en un chaste miroir les rayons de sa grâce, les hommes en éprouvèrent la vertu miraculeuse , et demeurèrent éblouis de tant de lumière, admirant les merveilles de celte éloquence qui était toute à tous, convaincus dans leur raison, touchés dans leur cœur, et conquis victorieusement h la Foi de Jésus- Christ!

Xavier prêchait, dans Amanguchi, la divine parole, combattant toutes à la fois les sectes réunies des bonzes, ennemies entre elles, mais conjurées pour le combattre. Sans avoir appris la langue chinoise, il prêchait tous les matins dans cette langue aux marchands chinois, très-nombreux dans Amanguchi, et le soir, il prêchait en japonais devant les indigènes ; en même temps, il confirmait sa prédication en rendant la parole et le mouvement à un muet, à la fois paralytique; il guérissait un autre muet, et rendait l'ouïe à un autre sourd.

Cette éloquence, ces miracles et la vie pénitente que menait Xavier firent entrer dans le sein de l'Église une infinité de personnes. En deux mois, l'on compta cinq cents baptêmes dans Amanguchi [Lettres, II, 203, 224), et les éminents docteurs de l'infidéhté, qui s'étaient montrés les plus passionnés ennemis de Jésus-Christ et de son Apôtre, étaient, par un juste retour, les plus zélés catéchistes sous la main de Xavier. Les néophytes faisaient tous paraître une ferveur admirable, et notre Saint; dans ses lettres (II, 156, 237), raconte avec délices la vie pure et les sentiments édifiants de ce petit troupeau, comblé des bénéditions divines. A côté de Xavier, le F. Joam Fernandez prêchait et donnait des exemples merveilleux de vertu. Un jour, et ce témoignage de patience héroïque a mérité d'être écrit à la suite des actes de notre Saint, Fernandez enseignait le peuple assemblé : un homme s' approchant, comme pour lui parler en secret, couvrit son visage d'un crachat, au milieu des clameurs et des risées de la foule. Fernandez, s'essuyant modestement le visage, continua son discours d'un air aussi simple que si rien n'était arrivé. Mais les risées bientôt se changèrent en admiration, et, dans l'auditoire, un docteur, dont la vie entière s'était passée à chercher la sagesse, en reconnut les véritables marques dans la parfaite humilité du Frère : dans cet homme inondé d'opprobre, dans cette balayure et cette ordure du monde, il vénéra le disciple fidèle du Dieu crucifié, et le cohéritier prédestiné du Ciel; et par

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