‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 478 sur 759 · LIVRE VI. —LETTRE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

LIVRE VI. —LETTRE PREMIÈRE

discours qui sont conformes à la nature et à la raison. Et quoiqu'ils ne soient pas exempts de désordres et de crimes, si vous leur faites voir que leurs fautes offensent la raison, ils se rendent sans peine et suivent les dictées de leur intelligence.

Je trouve la plupart des autres individus moins corrompus et plus dociles à la raison que les prêtres qu'on appelle bonzes : ces derniers sont tellement abandonnés à un vice infâme, qu'ils ne craignent point de s'en déclarer publiquement coupables. Ce vice abominable est si répandu parmi les hommes et parmi les femmes, que la coutume en a pour ainsi dire obâcurci l'horreur, et qu'elle a comme aboli la pudeur de ce monstrueux désordre. Souvent nous nous élevons en public contre ce crime dénaturé, et nous faisons sentir combien sont criminels et détestés de Dieu ceux qui se livrent à ces impuretés sans nom : alors les oreilles et les esprits nous sont également favorables; mais les bonzes demeurent sourds à notre voix et au conseil de s'abstenk de leurs honteux penchants, ils essaient même de nous répondre par des rires et des plaisanteries. Et quelle que soit la gravité de nos raisonnements, leur vice est tellement invétéré qu'il les a endurcis contre toute honte.

Il existe une secte de bonzes, assez semblable par son extérieur à nos cénobites ; leur habit est couleur de cendre ; ils ont la barbe et les cheveux toujours rasés et qui paraissent l'être tous les trois ou quatre jours. Leur discipline et leur vie sont extrêmement relâchées. Il existe des monastères de femmes du même ordre, avec lesquelles ils vivent en promiscuité; aussi le peuple, qui réprouve l'excessive liberté de leur commerce avec le sexe , n'en parle qu'avec mépris. On prétend que lorsque les bonzesses sont enceintes, elles emploient des remèdes pour se faire avorter. En vérité, d'après ce que j'ai pu juger de ces couvents , l'opinion du public à leur égard ne me paraît nullement injuste. Habituellement ces bonzes sont en dissension avec ceux qui portent des habits pateils à ceux de nos clercs.

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