‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 479 sur 759 · LIVRE VI. — LETTRE PUEMIËRE · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LETTRE PUEMIËRE

Ici deux choses excitent mon étonnement : l'une est que des crimes abominables y soient réputés comme néant ; ce qui provient de la corruption des ancêtres, qui, infectés de vices monstrueux, ontlaissé parmi leurs descendants les funestes exemples de leurs passions infâmes ; et sans nul doute la longue habitude en cette corruption a vicié et dépravé les caractères ; de même que la longue négligence et le relâchement dans la vertu altèrent insensiblement la perfection de la vie (1). L'autre point est que les bonzes qui vivent plus criminellement que les autres hommes, d'après l'opinion générale , soient néanmoins tenus en si grand honneur. Les bonzes professent un grand nombre d'erreurs ; mais pour ne point abuser de votre attention, sachez que '^^ celui qui passe pour le plus sage d'entre eux est le plus 1^ profondément dans l'erreur. J'ai souvent eu des entretiens avec quelques-uns qui surpassent les autres en sagesse, et surtout avec celui que, dans ce pays , à cause de sa réputation de science, de l'éminence de sa dignité, et aussi de son âge avancé (il est plus qu'octogénaire), tout le monde considère avec une suprême vénération. 11 tient parmi la nation le rang d'un évêque, et a le titre de ninchii, ce qui signifie en langue japonaise cœur de vérité. Heureux, en effet, si ce nom pouvait lui convenir ! Dans les conversations nombreuses quej'ai eues avec lui, je l'ai trouvé plein d'incertitude, hésitant à prononcer si notre âme était immortelle, ou si elle cessait d'exister avec le corps : il n'était point consistant dans ses idées, et tantôt il affirmait, tantôt il niait. Je crains malheureusement que les autres doçtèars ne lui soient tous semblables. On ne saurait croire quelle affection celui-ci me témoigne ; et en général les bonzes , comme les autres personnes, sont charmés d'être en rap-

(1) Lettre à Coimbrc. — On voit pcir là que dans la vie du monde, les faibles lueurs de la morale naturelle sont exposées à s'évanouir insensiblement, au contact des vices qui leur sont contraires; ainsi que dans la vie parfaite, les vertus déjà formées, sans une vigilance énergique et persévérante, sont en péril de s'affaiblir par le ralentissement dans le devoir.

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