CHAPITRE SIXIÈME
XCVH
une conversion actuelle, le docteur japonais consola surabondamment le serviteur de Dieu.
Parmi les autres conversions éclatantes qui eurent lieu vers la ' même époque, on admira celle d'un jeune homme, d'un génie éminent, et qui avait étudié dans les universités les plus fameuses. Incertain de la nature et des destinées de l'âme, et ne trouvant aucun terme à ses ignorances dans la philosophie des bonzes, il entendit Xavier, et perçut le terme sublime où tendait son propre esprit , naturellement droit. Il ne s'arrêta pas à la condition du simple chrétien, et profondément reconnaissant des grâces dont Dieu l'avait comblé, il entra dans la Compagnie de Jésus, sous la direction de Xavier, et convertit, par ses prédications, un nombre infini de ses compatriotes. C'était ce Laurent, surnommé le Louche, mais en qui les éclatantes lumières de l'esprit contrastaient merveilleusement avec l'imperfection légère d'un sens corporel. Il fut admis en qualité de Frère, et durant trente ans, il donna dans la Compagnie l'exemple des vertus les plus précieuses et des talents les plus rares.
Cependant, les couvents des bonzes commençaient à se dépeupler. Parmi leurs habitants, les uns embrassaient la religion de Jésus-Christ ; les autres, privés des aumônes populaires et diminués dans leur influence, quittaient leur habit, et rentraient dans le monde, afin de pouvoir subsister. Ceux qui demeuraient se voyaient combattus victorieusement par le Saint. Instruit, par les bonzes devenus néophytes, des secrets artifices et des mystères abominables de leurs anciens collègues, Xavier découvrait publiquement ces ignominies ténébreuses, et démasquait à la face du ciel l'ennemi des hommes et tous ses vils suppôts.
Le Père, dans ses lettres, nous raconte admirablement ses principales controverses, les arguments des bonzes, et ses triomphantes réponses. Nous lui laissons encore une fois la parole {Lettres, II, 226). ^. : '
Mais Oxindono, captif de ses passions, devait être docile à l'influence des vieux bonzes : sans oser, comme ils le lui demandaient, manquer à sa parole et révoquer ses édits, il persécuta les fidèles et confisqua leurs biens. Mais alors cette Église, ancienne seulement d'une année, et qui comptait déjà près de trois mille enfants, fit paraître une constance parfaite, et rendit un glorieux témoignage à Jésus-Christ. On vit les chrétiens d'Amangnchi mépriser les per-
VIE DE SATNT FRAÎSCOIS-XAVIER.
sécutions et la mort même pour demeurer fidèles dans la foi ; et l'on sait qu^après le départ du Saint, ils persévérèrent, sans avoir de pasteur, pendant vingt-cinq ans entiers, après lesquels ils furent consolés par de nouveaux missionnaires.
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Cependant, le P. Xavier songeait à retourner dans les Indes. Les espérances qu'il avait conçues de pénétrer dans la Chine, et d'y vaincre les fausses religions de l'extrême Orient au sein même de leure écoles, et les intérêts mêmes de la province des Indes le rappelaient à Goa ; et l'arrivée d'un bâtiment portugais, qui lui apportait des lettres de ses Confrères le confirma dans son dessein. Ce navire, commandé par Edouard de Gama, venait d'aborder à Figen, dans le royaume de Eungo. Le Saint, c[ui avait envoyé Mathieu, l'un de ses néophytes, auprès de Gama {Lettres, II, 20/i), résolut, au retour du messager, d'accepter les offres de Gama et de se rendre à Goa sur son navire. Par les lettres des Indes, Xavier avait appris qu'en 15ù91eP. Ignace avait constitué la province des Indes, et qu'il l'avait désigné lui-rnSme pour en être le premier Provincial. Cette élection imposait à notre Saint des devoirs actuels, \ioi\r aller prendre possession, et pour mettre ordre à l'administratiou de la nouvelle province. Il appela Côme de Torrez pour le charger de diriger l'église d' Amanguclii, et lui donna Joam Femandez pour coadjuteur. Les chrétiens de Firando furent confiés au plus âgé d'entre eux.
Les fidèles d'Amanguchi, voyant s'éloigner leur bien-aimé pasteur, firent éclater une douleur profonde. François les réunit dans l'église, les exhorta par les paroles les plus ^ectueuses, et embrasssa tendrement la plupart d'entre eux en leur adressant ces mémorables adieux : « Je vous confie, à cette heure, et je vous recommande à Dieu, et à la divine parole de son Évangile ; Dieu seul est puissant pour édifier son règne en vos âmes, et pour vous accorder l'héritage éternel et la béatitude qu'il réserve à ceux qu'il éprouve et qu'il immole dans son service (1). »
Le 5 septembre 1551, Xavier se mit en chemin avec Mathieu, Bernard et Laurent et deux nobles japonais, qui se proposaient de l'accompagner aux Indes. Les biens de ces derniers venaient
(1) Le Saint avait dès lors formé le dessein d'établir une résidence de la Compagnie dans Amanguchi {Lettres, II, 233).
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