LIVRE VI. — LETTRE PREMIÈRE
cette amertume, que cette vie douloureuse, et qui le devient tous les jours davantage, est le fruit nécessaire de leur vocation négligée, et de leur continuel effort pour reprendre leur volonté, dont ils ont fait à Dieu le solennel abandon ! Plus ils veulent écouter l'inclination de leur esprit, et plus leur vie est tourmentée et malheureuse. On en a vu, de ces maîtres d'eux-mêmes, de ces maîtres de leur volonté et de leur jugement, qui n'obéissaient d'ordinaire à leur supérieur; que si son ordre était d'accord avec leurs propres désirs. Dieu vous préserve d'être mis en leur raug ! Ainsi, dans les offices domestiques qui vous sont confiés parle supérieur, obéissez avec dévouement; que la grâce de Dieu vous aide à déjouer les artifices du démon, qui s'efforcera de vous persuader qu'un autre emploi serait plus favorable à votre avancement spirituel, afin de vous détourner d'accomplir le devoir qui vous est confié! C'est à des embûches de ce genre que sont exposées d'ordinaire les personnes qui se livrent à l'étude et aux travaux de l'intelligence.
Je vous prie avec les plus vives instances, au nom de Jésus-Christ lui-même, de vous efforcer de triompher du démon, dans les emplois les plus humbles et dans ceux qui vous rabaisseront davantage, étant mille fois plus zélés pour éloigner les tentations qui naîtront de votre devoir, que pour travailler et souffrir, afin de remplir ce devoir même. On voit assez de gens qui satisfont extérieurement à la règle, et qui, dans l'intérieur y sont infidèles, parce qu'ils négfigent de réprimer leurs inclinations mauvaises et d'éloigner les obstacles que sème le démon dans le champ du devoir pour entraver les progrès de la vertu. Toute leur vie s'écoule dans la tristesse et dans l'amertume, sans qu'ils fassent un seul pas dans la rehgion et dans la vertu. Que nul ne s'abuse: on ne saurait exceller dans les grandes choses, si l'on n'a d'abord excellé dans les moindres. Cette erreur est principalement celle des personnes qui, séduites par l'apparence de la piété et par un faux zèle du salut