‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 487 sur 759 · LIVRE VI. — LETTRE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LETTRE PREMIÈRE

des âmes, rejettent la croix légère de l'obéissance, et en embrassent une plus pesante en la place, sans considérer, hélas! que celui qui ne peut supporter un fardeau léger est parla môme incapable d'en endurer un considérable. Ceux dont la faible vertu et l'imparfaite obéissance ne veulent embrasser qu'une grande entreprise, écrasés bientôt par l'immensité de son poids , rejettent ce fardeau tout en maudissant leur erreur. Peut-être même en est-il, de ceux qui prennent la mer à Coïmbre pour se rendre aux Indes, qui, se voyant à peine en présence des flots soulevés et des' dangers de l'Océan, préfèrent le collège qu'ils viennent de quitter au séjour du navire. On a vu de ces fièvres de vertu que refroidissait la seule traversée des Indes : et si quelques-uns ont porté leur ardeur jusqu'au terme du voyage, dans les courses au milieu des pays barbares, accablé spar mille souffrances, environnés de dangers infinis, on les verra, si la vertu n'a point jeté de profondes racines au fond de leur âme , succomber à l'entrée, de lat carrière ; l'ardeur qu'ils portaient en eux s'est éteinte, et ceux qui dans le Portugal soupiraient après les Indes, ici redemandent à grands cris le Portugal. De crainte qu'un pareil malheur n'atteigne quelques-uns d'entre vous, qui vivez encore dans la paix et les douceurs de ce collège , et qui, vous échauffant d'une sainte ardeur, ne demandez qu'à voler à la conquête des âmes, considérez qu'au milieu du combat qu'appellent tous vos vœux, et lorsque votre courage se sera refroidi, peut-être vous éprouverez une peine très-amère par le regret de votre collège. Considérez aussi les douloureux effets de ces fruits si subits et si prématurés de la charité; combien il est dangereux de se porter aux œuvres les plus grandes, lorsque les forces ne doivent pas répondre à l'étendue des intentions. -\f.:

Mais ce discours n'a point pour objet d'affaiblir votre sainte ardeur, de détourner vos courages des œuvres les plus difficiles, ou de vous empêcher de devenir les zélés propagateurs de la religion de Jésus-Christ, et de laisser à

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