LIVRE VI. —LETTRE PREMIÈRE
VOS successeurs d'éclatants exemples de vertu et de sainteté; il est fait uniquement pour vous exciter à devenir forts dans les occasions ordinaires, afin que vous éprouviez, dans la tentation et dans la lutte, quelle est la mesure de vos forces, et que vous placiez votre espérance et votre confiance dans le secours de Dieu seul. Que si vous faites paraître tout le courage et toute la persévérance qui sont au dedans de vous , j'ai la ferme confiance que, croissant chaque jour en humilité et en vertu, vous attirerez un grand nombre d'infidèles dans le troupeau de Jésus- Christ, avec une joie intérieure et une paix infinies, en quelque lieu de la terre que vous soyez placés. Caril est naturel que les médecins spirituels, qui connaissent à fond les désordres et les maladies de leur âme, et qui savent y porter remède, soient les meilleurs médecins du prochain, et puissent l'assister dans ses épreuves , au péril môme de leur propre personne : ceux qui s'étudient à connaître leurs inclinations mauvaises découvrent et guérissent aisément les mêmes infirmités dans autrui ; ainsi ceux qui sont pénétrés de douleur à la méditation de la Passion de Jésus-Christ font passer la même douleur dans l'âme de leurs frères : comment, en efifet, ferait-on partager les sentiments dont soi-même on n'est pas rempli et pour ainsi dire imprégné? Mais je reviens au récit commencé des affaires du Japon dontje ihe suis écarté. Dans la patrie de Paul de Sainte- Foi, de qui nous avons éprouvé toute la charitable et fraternelle affection , le gouverneur de la ville , les principaux habitants, tout le monde nous a reçus avec une amitié parfaite; on considérait avec une admiration profonde les nouveaux prêtres qui arrivaient de Portugal. On n'a fait paraître aucun déplaisir de la conversion de Paul à la religion chrétienne : on incline plutôt à lui témoigner du respect , et tous ses parents, ainsi que ceux qui avaient des relations même éloignées avec lui, le félicitent d'être allé jusqu'aux Indes et d'avoir vu des choses que seul de ses concitoyens il a vues. Le seigneur de la contrée était à six