CHAPITRE SIXIÈME (1549-1551)- XCIX
d'être confisqués, à cause de leur conversion à Jésus-Christ Mais la grâce divine était leur richesse, et ils se trouvaient consolés de leur dénûment, par l'élection qui les faisait chrétiens et qui leur permettait d'espérer la jouissance éternelle de leur Sauveur.
Le Père avait, selon sa coutume, fait le chemin à pied ; mais à deux lieues de Figen, ses pieds enflés et l'épuisement de ses forces l'obligèrent à s'arrêter. Alors Gama, que les compagnons du Saint avaient averti, rassembla tous les Portugais de son équipage, et vint au-devant de l'Apôtre avec toutes les marques d'une vénération profonde. Xavier, déjà plus valide et qui poursuivait sa route, fut rencontré par les Portugais en' avant de la ville. Il cheminait à pied, chargé de sa valise , entre les deux seigneurs japonais, à cheval tous les deux. Cette humble apparence émut profondément les Portugais, qui se prosternèrent aux pieds du Père et le suivirent respectueusement jusqu'au port. L'artillerie du navire salua l'arrivée du Saint par quatre volées de toutes ses pièces , e * les habitants de Fucheou, capitale du royaume, distante d'une lieue, en entendirent le bruit.
Le souverain de Bungo était alors Civan, jeune prince d'un excellent naturel, et qui, sous le règne de son père, avait rendu d'éminents services aux Portugais. Il voulut voir Xavier, et le reçut avec un profond intérêt et un très-grand respect. Nos auteurs s'étendent à plaisir sur le cortège du Père à cette audience, et sur les paroles qui furent prononcées par Xavier lui-même et par le roi Civan. Il suffit pour notre récit de dire que les principales matières de cetle conférence furent l'exposition des grandes vérités chrétiennes, et en même temps la réfutation des principales erreurs accréditées par les bonzes. Le roi témoigna toute son admii'ation au Père, et rendant hommage à l'évidence des preuves, il confessa que les doctrines religieuses annoncées par le missionnaire d'Europe étaient si lumineuses, si concordantes entre elles, et si conformes à la raison naturelle, qu'il était impossible de ne point leur donner une créance absolue. En même temps, il reconnut toute l'inanité, l'incohérence et la confusion des doctrines et des raisonnements des bonzes, et surtout les incertitudes sur la règle à suivre et sur le salut du genre humain, où toutes leurs variations laissaient leur auditoire.
Un fameux bonze du pays, présent à l'audience, prit la parole p» présence du roi, el, perdant bientôt le respect et accusant son
VIE DE SAINT FRANÇOIS-XAVIER
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souverain de prononcer témérairement sur les matières de religion sans avoir étudié dans les universités, il exalta sans mesure la science des bonzes et leur suprême autorité. Passant ensuite à la théologie, il discourut longuement sur les superstitions et les mensonges, principes de leurs mystères.
A ces présomptueux discours, à ces vaines folies, le P. Xavier avait répondu d'avance : et le roi, ne permettant pas que la discussion continuât, combla le saint Apôtre des marques de son respect, et après lui avoir fait offrir des mets de sa propre table, lui permit de se retirer, l'autorisant à prêcher sa doctrine dans les États de Bungo, et donnant à tous ses sujets la faculté de se faire chrétiens.
En même temps, Civan fit publier de rigoureux édits pour la réforme des mœurs, et ces salutaires mesures furent d'un grand effet pour la propagation de la rehgion. Civan entreprit aussi de se corriger lui-même ; mais ce souverain , qui reconnaissait la vérité, n'eut pas alors le courage de l'embrasser. ]Néanmoins, les services qu'il rendit à la religion, et, comme lui-même il le déclara plus tard, les prières du P. Xavier devant la face de Dieu, lui obtinrent, vers la fin de sa vie, la grâce du baptême et le privilège de beaucoup souffrir pour Jésus-Christ (1).
En quarante-six jours que le Père demeura dans la capitale, il opéra des conversions très-nombreuses. Il prêchait continuellement sur les places et dans les maisons, instruisant et baptisant du matin au soir; et les Portugais, le voyant souvent ne prendre aucune nourriture, craignaient de le voir succomber à ses travaux. Eux-mêmes ne pouvaient qu'avec peine en obtenir, pour le bien de leurs propres âmes, de rares entretiens. Xavier, de qui la nourriture était de faire la volonté de Dieu, qui l'avait envoyé, et qui désirait profiter, en faveur des Japonais infidèles, de tout l'intervalle de temps qui lui était laissé avant le départ du navire, continuait toujours son ministère, soutenu de la grâce d'en haut.
Parmi les conversions qui s'opérèrent à Fucheou, l'une des plus
(1) Le roi Civan remporta de grandes victoires scr ses ennemis, et fit la conquête de quatre royaumes : il se fit chrétien trente ans après le départ du Saint, et, en mémoire de lui, A'oulut porter le nom de François. Il fut éprouvé vers la fin de sa vie par des calamités sans nombre, qu'il supporta d'une manière très-édifiante.