‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 490 sur 759 · LIVRE VI. — LETTRE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LETTRE PREMIÈRE

caractères, apprennent bientôt nos prières. Si Dieu permet que nous connaissions en peu de temps la langue, afin d'expliquer les mystères de la religion, nous serons à même de servir avec fruit la cause de Jésus-Christ : tandis qu'au milieu de ces peuples nous ne sommes aujourd'hui que des statues muettes. Ils parlent de nous, ils disputent à notre occasion, et nous demeurons sans parole, étant ignorants de leur langue naturelle. A cette heure nous revenons à l'enfance en apprenant les éléments de la langue, et plût à Dieu que nous eussions la candeur et la simplicité des enfants! Nous cherchons en effet à leur ressembler, dans l'étude de la langue du pays et dans la méditation sur la simphcité de leur âge. A bien des titres , nous devons à Dieu de grandes actions de grâces pour nous avoir amenés dans ces contrées infidèles où notre premier devoir est de nous oublier tout entiers.

Tout est au pouvoir des païens ennemis de la vraie religion, et nous n'avons que Dieu seul en qui mettre notre confiance et de qui réclamer la protection. Dans notre patrie, où fleurit la religion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, il arrive, par une merveille extraordinaire, que les hommes et les créatures, que l'amour des parents, du pays, des étrangers, le commerce de l'amitié, les agréments de Fexistence, les soins de la maladie, nous empêchent de reposer en Dieu seul toutes nos espérances. Mais ici, loin de la patrie, au milieu des barbares, en ce pays où tous les secours, toutes les ressources du monde nous sont enlevés, nous ne devons espérer de secours que de Dieu; et réellement la pensée de ses bienfaits infinis envers nous doit nous remplir d'une honte et d'une confusion extrêmes. La divine miséricorde est, pour ainsi dire, sensible à nos yeux ; nous qui sommes venus dans ces pays pour étendre le domaine de notre sainte religion, nous voyons avec évidence que notre vocation est le bienfait le plus insigne de la grâce. Dieu nous a conduits au Japon, afin de nous dégager entièrement de l'amour des choses terrestres qui

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