‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 491 sur 759 · LIVRE M. — LETTRE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

LIVRE M. — LETTRE PREMIÈRE

nous tenait enlacés et nous permettait à peine d'avoir notre espoir en lui, de sorte qu'à cette heure nous sommes tout entiers dans sa main et sous sa puissance. Unissezvous à moi, je vous en conjure, pour rendre à Dieu les actions de grâces que mérite un pareil bienfait ; et ne permettez pas que je demeure ingrat envers sa Providence. L'ingratitude a pour effet de détourner le courant de la divine miséricorde et de priver de nouveaux dons, plus précieux encore, celui qui se montre ingrat après les premières grâces.

Nous ne devons point vous laisser ignorer les autres bienfaits dont nous nous sentons redevables envers Dieu, afin que vous vous unissiez à nous pour rendre d'immortelles actions de grâces à notre bienfaiteur suprême. Dans les autres contrées , l'abondance des aliments fait naître et entretient des désirs contraires à la frugalité et à la tempérance , et souvent il en est résulté de sérieux inconvénients pour les âmes et pour les corps. Les intempérants, dans les nombreuses et graves indispositions causées ;par la médecine, voient leur existence altérée et quelquefois perdue et souvent Us ressentent plus de misères par l'effet des médicaments, qu'ils n'avaient éprouvé de jouissances dans les délices de leurs fêtes. De ces maux ils tombent dans des souffrances encore plus douloureuses : souvent ils se voient obligés de mettre leur vie entre les mains des médecins qui ne remédient que rarement à leurs maux, et la plupart du temps après des erreurs infinies et des guérisons imaginaires. J'estime donc un grand bienfait de Dieu qu'il nous ait conduits dans ces lieux exempts de toutes ces délicatesses, où lors même que nous le voudrions le plus, nous ne pourrions flatter nos appétits. Ici l'on ne tue ni ne mange aucunes volailles : on se nourrit d'ordinaire de légumes et de riz; on considère le blé, les poissons, les fruits de toute nature, comme des aliments recherchés. Aussi, pour la plupart, devons-nous à la tempérance une excellente santé. On voit ici beaucoup de vieillards, de sorte qu'il est bien avéré

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