LIVRE VI. — LETTRE PREMIÈRE
tères de bonzes, appelés Legioxes, et de bonzesses, appelées Hainacates. Il existe au Japon cinq académies principales, celles de Goyan , de Negrou , de Frenoïama , d'Homian , toutes situées à peu de distance aux environs de Méaco, et fréquentées chacune par près de 3,500 écoliers, et celle de Bandou, la plus considérable et la plus peuplée de toutes, et aussi la plus éloignée de Méaco (1). Le territoire de Bandou est d'une grande étendue et gouverné par six princes, dont un, le plus puissant, est le suzerain des autres : luimême dépend de l'empereur du Japon que l'on appelle le grand empereur de Méaco. On raconte de telles merveilles de la grandeur et de la gloire de ces universités et de ces villes, que nous désirons les contempler par nousmêmes et les observer de nos yeux, et nous vous transmettrons le résultat de nos découvertes et de nos observations. Outre ces universités , il en existe plusieurs d'une moindre importance.
Si nous voyons les esprits de ces peuples disposés à recevoir favorablement la semence de l'Évangile, nous avons le dessein d'écrire à toutes les grandes universités chrétiennes pour leur inspirer la sainte pensée et la conviction salutaire du devoir que nous remphssons déjà nous-mêmes, afin qu'ils apportent le secours de leurs vertus et de leur science pour remédier à tant de misères spirituelles et diriger un peuple innombrable d'infidèles vers la connaissance et le culte de leur Créateur et Sauveur. Nous écrirons à ces docteurs comme à nos supérieurs et à nos Pères, nous qui ne devons nous considérer que comme les derniers de leurs Frères ; et nous leur ferons connaître les fruits de bénédiction qu'ils pourraient eux-mêmes recueillir dans
(1) Nous n'avons pu nous procurer de notions touchant ces académies. Les livres japonais qui seront bientôt, nous devons l'espérer, dans le domaine général de la science , nous feront connaître la constitution et la valeur de ces grands établissements littéraires. Nous sommes également dépourvus d'informations au sujet des bonzes et des bonzesses, de ces Legioxes et de ces Hamacates dont parle notre Saint.
LfVftE yi. —LETTRE PREMIÈRE.
■■Wi
ces contrées; déjà nous leur demandons layec les plus vives instances, s'il en est qui ne puissent yenir vers nous, qu'ils secoîident les desseins des personnes qui yopdrDût se dé-; vouer à la gloire de Dieu et au salut des âmes (1). Dieu leur réserve ici des consolations spirituelles bien plus vives et plus fécondes pour le salut qu'en aucun lieu du monde. Et si la grandeur de cette mission sainte nous en impose le devoir, nous n'hésiterons pas à adresser nos vœux aux pieds du soiiv^^n pontife. C'est lui, le vicaire de Jésus- Christ, le père dé tous les peuples, le pasteur universel des chrétiens, qui doit avoir pour enfants tous ceux qui veulent entrer dans le sein de notre religion et de notre Église, et sous la domination du Père des fidèles. Nous inviterons aussi toutes les saintes familles de religieux bénies de Dieu, et que le zèle d'étendre le nom chrétien possède et dévore, à venir étancher leur divine soif du salut des âmes parmi les îles di; Japon et jusque dans la Chine (2). Ce dernier empire est encore plus immense que le Japoq, et l'entrée nous en est ouverte par les habitants eux-mêmes de qui nous n'avons rien à craindre, si nous en croyons la parole d'un prince japonais dont la faveur, avec la grâce de Dieu, ^ert merveilleusement notre cause.
Le souverain du Japon est l'ami du souverain de la Chine, et en témoignage de cette amitié, il en a l'anneau et le sceau, afin de remettre aux Japonais se rendant en Chine une marque officielle pour se faire reconnaître, scellée du cachet impérial. On dit qu'up grand nombre de bâtiments japonais font le voyage de Chine dans l'espace de dix à douze jours. Nous avons de magnifiques espé^. rances, si Dieu nous accorde seulement dix années d'exis- ' tence, de voir ici d'admirables fruits produits par ceux-là
(1) Lettre à Coïmbre. — Qu'ils soient persuadés qu'ils trouveront en nous la soumission et le dévouement les plus absolus pour concourir à leurs œuvres.
(2) Lettre à Coïmbre. — ■ Si grand que soit leur nombre, il doit rester une ample carrière pour le zèle et les travaux d'un plus grand nombre encore.
jaVRE VI. — LETTRE PRHVÏIÈRE.
mêmes que les Japonais ont initiés à la connaissance et à la pratique de la véritable religion. En la cinquantième année de ce siècle, nous vous écrirons longuement sur Méaco et sur la disposition des académies à l'égard de la religion chrétienne. Dès cette année, deux bonzes instruits dans les collèges de Méaco et de Banda, accompagnés d'un grand nombre de Japonais , doivent se rendre aux Indes afin de s'instruire des mystères de notre religion.
Le jour delà fête de saint Michel, nous avons été admis en la présence du prince de Cangoxima qui nous a reçus avec de grands honneurs et nous a recommandé de conserver avec un grand zèle les monuments de la loi chrétienne : si ce prince en reconnaissait toute la vérité et la sagesse, le démon en étoufferait de rage. Après quelques jours, ce prince a permis à tous ses sujets et vassaux d'embrasser la religion chrétienne.
Je vous ai réservé ces favorables nouvelles pour la conclusion de ma lettre, afin d'augmenter votre joie et votre reconnaissance envers Dieu. Cet hiver, je pense, se passera pour nous à développer d'une manière étendue , en langue japonaise, les articles du symbole : nous ferons imprimer cette explication, afin de faire connaître la religion chrétienne en un grand nombre de lieux, où nous ne pouvons être présents en personne, et d'instruire ainsi tous ces peuples. Nous tirerons un grand secours de la connaissance des caractères que possèdent la plupart des Japonais.
Notre Paul traduira fidèlement en sa langue naturelle tout ce qui nous aura paru nécessaire pour le salut des âmes.
C'est à cette heure, en présence de la carrière immense ouverte à votre apostolat, que vous devez faire éclater devant Dieu et devant les hommes toute votre ardeur pour la religion. Et vous l'aurez fait, mes Frères, si vos actes et votre vie entière rendent témoignage de l'humilité de votre cœur, si vous abandonnez à Dieu seul les intérêts de votre