LIVRE VI. — LETTRE PREMIÈRE
réputation (1). Dieu saura bien vous concilier, s'il le veut, l'estime et la confiance du monde ; et s'il vous en prive, ce sera dans l'intérêt de votre âme, et pour ne point vous exposer au péril de vous attribuer les dons de Dieu. Une pensée me console, c'est que vous découvrez tous les jours dans votre intérieur des imperfections si grandes et si déplorables, que vous frémissez à la seule pensée de concevoir de l'orgueil, et que vous y prenez un accroissement d'amour pour la perfection spirituelle. Ces sentiments de votre part désarmeront la rigueur des jugements d'autrui. La louange des hommes vous paraîtra naturellement une croix pesante, qui vous fera souvenir de vos péchés et de vos inclinations perverses.
Mais il est temps que je cesse d'écrire, car je serais infini, si je voulais vous dire mon amour envers vous tous, et envers chacun de vous en particulier. Si les yeux du corps pouvaient pénétrer dans les âmes qui sont unies ensemble par les liens du divin amour, vous verriez , mes Frères, toutes vos images gravées dans mon cœur, et si vous n'y reconnaissiez point, comme dans un miroir, votre vive ressemblance , ce serait par l'eifet de l'admiration que je porte à votre vertu, et de l'humble opinion que vous conservez de vous-mêmes ; cette humilité profonde ne vous permet pas de vous reconnaître en ma pensée, où néanmoins votre image est si profonde et si sensible.
Je vous conjure, mes Frères, de vous tenir unis par une véritable et sainte amitié, sans que jamais nulle offense divise vos esprits : que votre désir de tout accomplir et de tout souffrir pour Jésus-Christ vous donne la volonté et la force de vous aimer parfaitement tous et d'éviter toutes les contradictions qui pourraient naître entre vous. Souve-
(1) LeUre à Coïmbre. — Appliquez-vous à faire paraître votre zèle et votre piété dans l'arène céleste. Vous y réussirez si dès ce monde vous cultivez au fond de vos âmes et vous faites passer dans toute votre existence la véritable humilité : laissant à Dieu le soin absolu de votre réputation et de l'autorité de votre ministère.
LIVKE VI. — tÉTTBE DEUXIÈME,
nez-vous des paroles de Notfe-Seigneur Mus-Ghrist : lés hommes vous reconnaîtront pour mes disciples à votre amour des uns envers les autres (1).
Que le Seigneur Jésus-Christ nous découvre sa Sàîtité volonté et que sa Providence nous donne la force de l'accomplir (2) !
Cangoxima, 3 novembre 1549. '
Tout vôtre en J.-G.
François
--jA.'S*-
îi^*:
Aux PP. Gaspard Barzéc, Balihazar Gago, et DIogo v^'^
de;^Carvalho (3), h Goa. .,:.; ■^/'•-i:
Que ïa grâce, etc.
Ayant reconnu par moi-même, en cet empire du lâpôûj les dispositions les plus heureuses pour accueillir notre sainte religion, et en procurer l'accroissement; me rappelant d'une autre part les désirs enflammés qui depuis longtemps vous consument, en vue de l'extension de la gloire divine , ces désirs de prodiguer vos secours au prochain pour lui faire trouver le salut de son âme : je me suis senti la confiance, et j'ai présumé, d'après la connaissance que j'ai de vos âmes, que vous ne manquerez point, avec le secours de Dieu Notre-Seigneur, de cette force et de cette humilité qui vous aideront et vous soutiendront dans l'accomplissement de vos intentions, et qui vous donneront enfin la satisfaction de vos anciens vœux. ^^ .
(1) Joan., xiii, 35.
(2) Lettre à Coïmbre. — Que Dieu Notre-Seigneur fasse pénétrer en nos âmes sa grâce et sa volonté, pour que nous puissions nous y conformer parfaitement dans tous nos actes !
(3) L. P. Diogo de Carvalho mourut d'épuisemerrt , peu flëiemps après la réception de celte lettre.