‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 51 sur 759 · CHAPITRE SIXIÈME (1549-1551). CI · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME (1549-1551). CI

admirables fut celle d'un fameux bonze de Canafama, nommé Sacaï Eeran. Ce docteur entreprit de discuter publiquement avec le Père. Après de longues controverses, eî après avoir entendu de la bouche de Xavier l'exposition lumineuse de la vérité chrétienne, on vit tout d'un coup le bonze se prosterner en terre et se relever en tendant les mains vers le ciel : « A vous, s'écria- t-il, « ô Jésus-Christ, Fils unique du vrai Dieu! je me rends enfin; et je (! reconnais de cœur et je confesse de bouche que vous êtes mon (r Créateur, mon Souverain et mon Rédempteur. Entendez , ô peu- << pie japonais! sachez, ô bonzes, mes frères ! que je démens tout « ce que j'ai enseigné et prêché jusqu'à ce jour, comme faux et « mensonger. L'unique vérité est qu'il n'y a d'autre Dieu que « celui qui vous est annoncé par le saint homme ici présent ; et « je vous en conjure tous humblement , pardonnez-moi de vous « avoir trompés jusqu'à ce jour. PubUez, je vous y invite, et faites « connaître à tout le monde que j'ai confessé mes erreurs et mes « égarements, et que je ne reconnais de vraie religion que celle « de Jésus-Christ. »

Cette action surprenante émut tous les assistants, et plus de cinq cents personnes demandèrent, le même jour, à recevoir le baptême. Mais le Père ne croyait pas devoir accueillir prématurément ces empressements de zèle : il voulait que les nouveaux chrétiens fussent confirmés par une instruction solide contre les artifices et les subtilités des bonzes, et ne baptisait que les personnes solidement converties (1). '

Les bonzes, qui persuadaient au peuple que la pauvreté, par elle-même, était une souillure et un signe de réprobation, entendant le Saint faire l'éloge de la pauvreté comme d'une vertu, et le voyant recommander et pratiquer la charité, conseillèrent aux néophytes, afin de tenter le prédicateur, d'en réclamer des aumônes, comme une récompense de leur conversion. Mais Xavier, connaissant leur malice, déjoua toutes ces ruses par son désintéressement, par

(i) Cette rare prudence produisit tous ses fruits : après le départ du Saint, l'église de Bungo persévéra d'une manière admirable. Les fidèles se rassemblaient selon la règle qu'ils avaient reçue : ils priaient en commun et s'exhortaient mutuellement à conserver la foi. Le P. Balthazar Gage, qui arriva parmi eux au mois d'août 1562, les trouva dans ces dispositions parfaites, et dirigea longtemps îeur église avec le F. Joam Fer" nandez.

jr

sa charité pleine de sagesse, et par son discernement à ne baptiser, comme nous l'avons dit, que les personnes parfaitement préparées (1).

Pendant que le P. Xavier opérait ces merveilles daiis la capitale du Bungo, Côme deTorrez et JoamFeruandez {Lettres, II, 230) éprouvaient, dans Amanguchi, de cruelles vicissitudes. Les bonzes, vaincus dans les conférences publiques , suscitèrent de grands troubles afin de perdre les missionnaires. Un soigneur puissant du pays, à l'instigation des bonzes, se révolta contre le roi et vint l'assiéger dans sa ville. Ce dernier, ne pouvant résister aux forces de l'ennemi, recourut, pour éviter l'opprobre de tomber vivant dans ses mains, à une mort désespérée. Il égorgea son fils, et luimême se donna la mort. La ville devint la proie du vainqueur et les missionnaires y auraient péri, si Naïtondono, prince du sang n>yal, ne les avait cachés dans son palais.

Les révoltés et les principaux du peuple déférèrent alors la sou- Teraineté au frère du roi de Bungo, et une ambassade lui fut; envoyée pour lui offrir la couronne.

Il résulta de ces circonstances, que la révolution préparée par les bonzes servit à confirmer l'existence et les progrès de l'Église chrétienne. En effet, Xavier obtint du nouveau roi la protection la plus étendue pour ses Confrères et des lois favorables pour la religion.

■i ÏÏ If'

Le temps était venu de se rendre aux Indes, et Xavier alla prendre congé de Civan : il lui adressa les plus admirables conseils, lui recommandant sur toutes choses le salut de son âme; et, afin d'y parvenir, de mener une vie pure et d'embrasser la vérité qui lui était connue. Il lui fit entendre de ces accents de charité qui pénètrent au fond des cœurs, et le roi se montra si touché qu'il en versa des larmes abondantes.

Xavier était à Figen avec les Portugais, lorsque les bonzes crurent pouvoir, comme ceux d'Amanguchi, soulever le peuple et produire une révolution. Proclamant la colère de leurs dieux et calomniant les doctrines et la vie du Saint, ils emplirent la ville de leurs clameurs fanatiques. Mais le peuple, témoin de la vertu du

(1) Le zèle du Saint , dit le P. "Lucena , accompagnait la prudence en marchant après elle, et ne la précédait pas de manière à la rendre aveugle.

Page 1