‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 52 sur 759 · CHAPITRE SIXIÈME (15Zl9-1551). CIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME (15Zl9-1551). CIII

missioiinaire, demeura sourd à tous ces cris ; et les bonzes entreprirent de perdre, par une autre voie, cet ennemi mortel qui les démasquait et les appauvrissait. ^ ^

Un des leurs, nommé Fucaraudono, fameux par sa science, fut choisi pour provoquer notre Saint dans une conférence solennelle en présence du roi. Ce prince fut supplié de ne point laisser s'éloigner les Européens, avant que cette conférence n'eût décidé de la doctrine et de la science des religions rivales. Xavier consentit, sur l'invitation du roi, à revenir dans la capitale : estimant un gain toute occasion nouvelle de glorifier Dieu et de proclamer sa religion sainte.

Fucaraudono, disent les historiens qui nous ont conservé le récit de cette conférence, essaya d'abord d'en imposer au Saint par d'audacieux mensonges, alléguant mille opinions et rêveries foiii^ dées sur la métempsycose. Le Saint réfuta, par des preuves naturelles, ces folles imaghiations, et répondii;, par des raisonnements sublimes , à tous les vains systèmes de la philosophie païenne. Ce fut alors que le bonze, s'égarant dans d'autres sujets, émit des propositions si manifestement fausses, et si abominables dans leur morale, que toute l'assemblée eu fut scandalisée. Enfin, perdant toute mesure, Fucaraudono finit par s'emporter en des cris et des invectives qui le firent chasser de la salle d'audience) par les ordres du roi. ^

Les bonzes, prenant parti pour Fucarandono, fermèrent tous les temples et soulevèrent le peuple. Cependant Xavier, toujours intrépide , refusa de quitter la ville et de laisser ses chrétiens exposés au ressentiment des bonzes. En vain les Portugais le suppUèrent de les accompagner au port, il voulut demeurer avec ses néophytes pour voir cesser l'orage ou pour périr au milieu d'eux. Gama revint lui-même afin d'inviter le Père à ne point sacrifier sa vie : " Heureux, lui dit le Père, doit être celui de nous qui donnera « sa vie dans de telles circonstances ! Je n'ai point mérité, je le « sais, cette faveur divine : mais si notre Dieu l'accorde à mon « indignité, je l'accepte avec ravissement. Je rends grâces à votre « charité qui vous expose au danger pour me faire éviter la mort. " Pour moi, je dois donner l'exemple, et je ne saurais délaisser <' mes enfants. Retournez à Figen et partez pour les Indes ; vos " intérêts et votre commerce l'exigent : je demeure, car je sens ' intérieurement toute 1 étendue de mon devoir envers noti'e Dieu

VIE DE SAINT FRANÇOIS-XAVIER

« si plein de miséricorde, qui, pour mon salut et pour celui de « toute l'humanité, a voulu subir la mort, et la mort de la croix. »

Gama et les marchands ses compagnons se montrèrent dignes de Xavier. Renonçant à leur départ, afin de ne point abandonner le Saint, ils se rendirent tous ensemble auprès de lui , déterminés à partager sa fortune. Alors les bonzes déconcertés, et craignant une querelle armée, résolurent de provoquer une seconde conférence. Le roi consentit à leur demande, et prit soin de fixer lui-même les règles qui seraient observées : il choisit parmi les principaux de sa cour des arbitres qui devaient prononcer en dernier ressort et mettre fin à la controverse.

Fucarandono parut devant le palais environné de trois mille bonzes, présumant en imposer par ce cortège immense, et peutêtre étouffer sous les clameurs des siens les discours du P. Xavier. Le roi laissa pénétrer seulement Fucarandono et quatre autres bonzes, et fit entrer ensuite le saint Père. En même temps Civan ordonna que Xavier commencerait à prendre la parole. Le premier point traité fut des motifs de recevoir la religion chrétienne au Japon , au heu du culte faux et superstitieux des idoles Amida, Chaca, Canone et tant d'autres : le Père, s'élevait aux raisonnements les plus subhmes, exposa dans un discours lumineux la nature et les attributs de l'Être divin , supérieur à l'intelhgence , mais non à la foi. Il exposa devant ses auditeurs les principales bases de la théologie divine, et son éloquence fut l'objet d'une admiration unanime.

Le second point fut relatif à la vie future et aux promesses des bonzes, qui prétendaient racheter les àmcs de suppfices sans fin au prix d'une aumône actuelle des riches. Xavier détruisit sans peine ces frivoles mensonges, et fit voir que le droit des hommes à la béatitude future ne pouvait résider dans les cédules des bonzes, mais en effet dans les œuvres accomplies en union aux divins mérites du Sauveur de tous les hommes, de Jésus-Christ, crucifié pour notre salut: il ajouta que le ciel des chrétiens n'excluait ni les femmes ni les pauvres , et qu'au contraire la pauvreté, soufferte pour l'amour de Dieu, devenait la clé du ciel; et que le sexe le plus faible trouvait dans les humbles vertus, qui lui sont comme naturelles, un gage d'espérance et un encouragement à mériter le salut.

Le jour suivant i'enîreiien commença par des questions trèshubîiles et dans lesquelles Xavier fit paraître toutes les facultés de

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