LIVRE VI. — LETTRE SIXIÈME
qui (iésiraient vivement s'instruire de la loi de J.-G. Nous résolûmes de suivre l'ordre le plus facile et le plus favorable, c'est-à-dire de prêcher deux fois le jour sur les places et dans les lieux publics; nous lisions à haute voix les articles de notre livre, et nous parlions au peuple assemblé sur la religion de J.-G. Quelques seigneurs nous appelaient aussi dans leurs maisons, pour s'instruire plus à l'aise touchant notre religion : ils n'hésitaient point à prendre l'engagement , si notre doctrine leur paraissait préférable à là leur, de l'embrasser sans différer un instant. D'autres entendaient nos discours avec des disposition^ mauvaises; d'autres enfin ne craignaient pas de les tourner en ridicule. Ainsi, toutes les fois que: nous passions par les rues de la ville, une troupe d'enfants et de geps de la dernière classe nous suivaient en se raillant et en insultant à notre langage. «Voici, disaient-ils, ceux qui noi;s font une loi d'embrasser le culte de Dieu, pour que nous soyons sauvés, parce que il n'y à, de sajut selon pux, que dans le souverain Créateur du monde et dans son Fils ! Voici ceux qui prêchent qu'il est défendu d'avoir plus d'une épouse! »
Ils passaient de même en revue, dans leurs railleries \ii-^ sultantes, tous les autres articles de notre religion. :^^,
Nous ayipns déjà pendant plusieurs jours exercé le nj^^S-' nistère de la prédication, lorsque le roi, qui résidait aloi^^lï^ dans la capitale, nous fit appeler, et nous nous rendîmes v auprès de lui. 11 nous demanda d'où nous étions venus, et pourquoi nous étions descendus au Japon. Nous Ini répondîmes que nous étions des Européens, envoyés dans ce pays pour y prêcher la loi de Dieu, et que personne, s'il n'adorait dans la vérité et dans la sainteté Pieu et spn Fils J.-G., Rédempteur et Sauveur de tous les peuples, ne pouvait être assuré de son salut. Alors, le prince nous invita à lui exposer la Ipi de D,ieu, et nous lui lûmes la plus grande partie de notre livre; il écouta toute cette lecture, qui dura plus d'une heure, avec une extrêuie attention, et
Ji ?!
LIVEIE Tl. — LETTRE SIXIÈME.
nous permit de nous retirer. Dans cette ville, où nous demeurâmes un certain nombre de jours, nous prêchions au peuple, sur les places et dans les lieux publics. Un grand nombre entendait avidement les merveilles de la vie de J.-C, et lorsque venait le récit de sa douloureuse mort, ils ne pouvaient retenir leurs larmes. Cependant, le nombre de ceux qui se faisaient initier à la religion était trèsrestreint.
Voyant le peu de fruit de nos travaux dans celte place, nous nous sommes dirigés sur Méaco, la ville, comme je vous l'ai dit, la plus considérable de tout le Japon. Nous avons mis deux mois à ce voyage, et nous y avons éprouvé des dangers infinis, toute la contrée sur notre passage étant en conflagration par la" guerre. Je ne parlerai point de la rigueur excessive du climat , et des brigands dont les routes sont infestées. A notre arrivée à Méaco, nous demeurâmes quelques jours en attendant une audience du souverain, pour lui demander la liberté de répandre dans son royaume la connaissance de la loi de Dieu; mais nous trouvâmes que l'accès était impossible auprès de lui. Apprenant d'ailleurs que les rois vassaux et les seigneurs n'avaient aucun égard aux volontés du souverain, et cessant de désirer cette autorisation, nous avons préféré d' éprouver par nous-mêmes les esprits et les cœurs des citoyens, c^fiD de connaître s'ils étaient ou non disposés pour accueillir la religion de J.-C. ; mais à la vue de tous les citoyens en armes, et dans le feu d'une guerre civile, je vis bien que la circonstance était absolument contraire à la prédication de l'Évangile.
Méaco fut autrefois une ville immense : aujourd'hui le fléau continuel des guerres l'a ruinée et toute dévastée. On dit qu'autrefois elle renfermait 180,000 maisons , et je le crois sans peine , car l'enceinte des murs est celle d'une ville bien plus considérable que la ville actuelle. Néanmoins quoiqu' en grande partie détruite, elle contient encore plus de 100,000 maisons.