LIVRE VI. — LETTRE SIXIÈME
Estimant donc que la vDle de Méaco n'était point assez paisible pour recevoir à cette heure la semence' de l'Évangile, nous sommes revenus à Amanguchi , et nous avons présenté au roi les lettres du vice-roi des Indes et de l'évêque de Goa, et les présents envoyés par eux en témoignage de leur amitié. Le roi, très-satisfait des présents et des lettres, voulut nous témoigner sa gratitude et nous fit offrir une somme considérable en or et en argent. En lui renvoyant son présent, nous le priâmes, s'il voulait faire une faveur sensible à des étrangers, de nous accorder le pouvoir de répandre la connaissance de la loi divine dans ses États, et à ses sujets la faculté de la recevoir : rien ne devant nous causer plus de joie. Il nous l'accorda de trèsbonne grâce. Il fit paraître un édit dans les lieux les plus apparents de la ville, déclarant approuver que la loi céleste fût annoncée dans ses États, et ajoutant que tous ceux qui le désireraient seraient libres de l'embrasser ; en même temps il nous donna pour y habiter une bonzerie vacante. Un grand nombre venait nous y trouver pour connaître la nouvelle religion. Nous prêchions deux fois le jour : et la prédication était toujours suivie d'une très-longue conférence sur la religion. Nous étions continuellement occupés, soit à prêcher, soit à résoudre les questions qui nous étaient proposées. Souvent les prédications avaient pour auditeurs un grand nombre de bonzes et de personnes éminentes, ainsi qu'une foule de peuple : et la maison était tellement remplie que plusieurs ne pouvaient pénétrer à cause du défaut d'espace. Les conférences eurent tant de succès que les auditeurs étaient convaincus par nos réponses de la fausseté de leurs anciennes lois, du mensonge de leurs législateurs et de la vérité de la loi chrétienne. Enfin, après plusieurs jours de controverses et de combats, nous en vîmes plusieurs se rendre, et confesser la foi de J.-C. : et les premiers de tous furent ceux qui, dans les conférences et dans la discussion, s'étaient montrés les plus hostiles. La plu-