CHAPITRE SIXIÈME
son génie. Les auteurs ne nous en ont point conservé la substance, et nous font seulement connaître que le saint Apôtre , après avoir imploré la grâce divine, éclaircit parfaitement tous les points proposés , de manière à satisfaire pleinement les esprits des juges.
Alors un bonze entreprit de prouver que la divinité qui refusait aux pauvres les biens de la terre, les tenait en mépris et en haine. Xavier répondit que la morale naturelle estimait elle-même que les richesses du monde n'étaient que de faux biens, et que bien loin de réprouver les pauvres, l'Être divin leur accordait, par une compensation pleine de miséricorde, de plus grandes facilités qu'aux riches pour opéi'er leur salut. Cette fois encore les arbitres donnèrent leur assentiment aux discours du Saint.
A ce point de la conférence, les bonzes déconcertés commencèrent à se disputer entre eux et à échanger réciproquement des injures : et la confusion s'étant mise dans leur parti , la dispute prit fin ce jour-là, par l'impossibilité où ils se virent d'émettre de concert aucune proposition raisonnable.
Le troisième jour, Fucarandono reprit la parole, en accusant certaines expressions employées par les chrétiens de présenter, a cause de leur son, une signification déshonnête. Ces arguties misérables n'eurent d'autre effet que de faire employer dans la suite parmi les chrétiens des paroles qui ne pouvaient être sujettes à aucune équivoque : ainsi le mot Sancte dans ces expressions Sancte Peire, sancte Paule , fut remplacé par le mot Béate. Quant au mot Deus ou Deos que les bonzes voulaient identifier avec Daïo qui dans leur langue signifie mensonge^ le Saint ne jugea pas devoir s'arrêter à de si vains discours , et l'assemblée tout entière partagea son avis.
Enfin la prescience divine et la bonté du Créateur furent l'objet de difficultés toutes scolastiques de la part des bonzes. Xavier, profondément versé dans ces matières subtiles, répondit en théologien, et dissipa toutes les ténèbres de cette philosophie. Il réduisit les bonzes soit à se contredire, soit à garder le silence ; mais ces esprits altiers et rebelles à la raison ne se confessèrent point raincus. Le roi, s'indignant de leur mauvaise foi, déclara la conférence terminée, et la victoire acauise au saint Père.
Le lendemain, Xavier alla prendre congé du roi, qui lui fit les adieux les plus amicaux, et qui fit partir en même temps que