‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 525 sur 759 · JANVIER -AVRIL · texte numérisé non relu

JANVIER -AVRIL

LETTRE PREMIÈRE

A mon saint Pèrc' en Jésus-Christ, Ignace, i\ Rome.

Que la grâce et l'amour de N.-S. J.-C. soient à jamais notre secours et notre consolation! Atnen.

0 mon vrai Père, j'ai reçu à Malacca, lorsque je revenais du Japon, les lettres de votre sainte charité. Les nouvelles que j'attendais et qu'elles m'ont données de l'existence et de la santé favorable d'une personne si vénérée et si chère^ ont rempli mon âme d'une joie que Dieu seul connaît. J'ai lu les paroles où respirent votre grâce et votre piété, je les relis souvent pour la consolation et le bien de mon âme, je les repasse dans mon esprit, m'en nourrissant pour ainsi dire encore ; surtout ces dernières paroles qui sont comme le sceau de la charité et qui terminent votre lettre : A vous tout entier^, sans que te temps ait jamais là puissance de me faille vous oublier, Ignace. J'ai lu ces |)ar6]ês avec des larmes

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LIVRÉ Vil — LETTRE PREMIÈRE.

délicieuses , et je pleure en les retraçant , au bienheureux souvenir des temps écoulés et du sincère et religieux amour que vous m'avez toujours témoigné, que vous m'avez toujours conservé; je considère de combien de travaux et de dangers Dieu à daigné m'affranchir dans le Japon , grâce à vos prières et à votre médiation paternelle en ma faveur.

Les paroles ne sauraient jamais exprimer tout ce que je dois aux Japonais : c'est à cause d'eux seuls que Notre- Seigneur, par une lumière intérieure, m'a pénétré de la connaissance de mes péchés infinis : errant jusqu'à ce jour au dehors de moi-même, j'étais ignorant de l'abîme de misères que recelait ma conscience, tandis que dans les travaux et les épreuves de cette contrée, la vue de mon âme s'est d'abord éclaircie, et la bonté divine m'a permis de reconnaître avec évidence et pour ainsi dire par une expérience vivante, et par une impression sensible, combien il m'est nécessaire qu'une autre personne me soit donnée pour exercer sur moi la surveillance la plus vigilante. Considérez les décrets de votre sainte charité, qui me donne à conduire tant de saintes âmes des Pères et des Frères de la Compagnie résidant en ces contrées ; or, la divine miséricorde m'a rendu sensible, au delà de toute évidence, mon insuffisance pour ce ministère de direction, et mon dénuement des qualités les plus nécessaires; j'aurais dû plutôt espérer d'être mis sous la main et sous l'autorité de mes Frères, que de recevoir la charge de les diriger.

Votre sainte charité nde témoigne aussi qu'elle est pénétrée du désir de me revoir une fois encore avant la fin de cette vie. Notre-Seigneur, qui lit au plus profond de mon aine, sait la vive et tendre émotion qu'a fait naître en moi ce suprême témoignage de votre précieux amour envers moi. Et toutes les fois que ces paroles se représentent à mon esprit, c'est-à-dire à toute heure, des larmes involontaires remplissent mes yeux, et s'échappent doucement sans pouvoir être contenues, à cette seule pensée qui ravit mon cœur, de pouvoir vous serrer encore une fois dans

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