LIVRE Vil. — LETTRE PREMIÈRE
chaque jour, des méditations, du recueillement de l'âme en Dieu et des autres exercices spirituels ; ils seront privés de célébrer la Messe, au moins dans les premiers jours de leur arrivée, à cause de l'infinité des visiteurs, auxquels ils ne pourront se soustraire; à peine aui'ont-ils le loisir d'accomplir le devoir du bréviaire, de prendre la nourriture et le sommeil nécessaires. Un défaut de cette nation, c'est de faire perdre le temps sans aucun scrupule, surtout à leurs hôtes et aux étrangers, que souvent ils méprisent et tournent en dérision, même sans provocation et sans cause. Mais si ces étrangers osent attaquer et blâmer hautement ce qui est l'objet de l'estime et de l'admiration du vulgaire, s'ils s'élèvent contre les différentes sectes des fausses religions; s'ils jettent, sur les plus grands crimes de la nation, le sel d'une censure vive et pénétrante, s'ils les flagellent sans relâche et sans faiblesse avec la verge de l'autorité; s'ils proclament avec fermeté qu'aucun de ceux qui sont descendus dans les feux de l'enfer, n'en peut être délivré ni parles sacrifices, ni par les dons volontaires, ni parles cérémonies idolâtriques de leurs amis et de leurs parents vivants : la haine s'élèvera contre eux comme une violente tempête; les plus sages eux-mêmes d'entre les habitants s'indigneront d'une opinion si sévère à l'égard des âmes des morts qui leur étaient chers ; ils prendront en mépris, pour la plupart , la religion nouvelle, comme imparfaite et sans puissance, si le prêtre déclare à l'avance qu'il ne saurait apporter de salut aux âmes déjà condamnées. Ces préjugés et ces rêveries préoccupent ici les esprits , par<;e que la litttérature et les traditions anciennes du pays sont remplies de récits de l'enfer; et rien n'y paraît sur le purgatoire. Or, s'O en est ainsi, c'est une vérité très-évidente, qu'U fautici de puissantes intelligences, exercées dans la dialectique, douées d'une éloquence populaire, promptes à atteindre et à saisir l'erreur; qui puissent, à la face de tous, arracher le masque à ces illusions qui prennent l'apparence de la réalité, rétorquer les arguments sophistiques, et dé-