LIVRE VIL — LETTRE DEUXIÈME
vres, si elles négligent l'accomplissement des cinq préceptes : ils les déclarent, à cause de la souillure de leurs époques mensuelles, infectées de plus de péchés que tous les hommes ensemble : un être si dégradé ne saurait donc être sauvé qu'à grand'peine. Ils en viennent naturellement à dire que les femmes elles-mêmes, si elles font encore plus de présents aux bonzes que les hommes, peuvent espérer de sortir du séjour infernal. Ils déclarent encore, dans leur prédication, que ceux qui, pendantla vie, auront donné de l'argent aux bonzes, recevront après la mort dix fois autant qu'ils auront donné, et dans la même monnaie, pour les besoins de la vie nouvelle. Or, il se rencontre assez de personnes, hommes et femmes, qui confient ainsi aux bonzes des sommes considérables , afin d'en recevoir le produit décuple dans la vie future : et les bonzes leur donnent une garantie dans des billets écrits de leur main. La foule ignorante n'hésite pas à croire à cet intérêt multiple des fonds ainsi placés. On conserve soigneusement les billets des bonzes, et à la mort on les fait déposer dans les tombeaux, présumant que le diable reculera devant cette vue. Les bonzes ont encore mille autres artifices que je ne puis rappeler sans douleur. Mais une chose digne de risée est que, recevant l'argent de tout le monde à titre d'aumône, ils ne donnent eux-mêmes rien à personne. Quant à leurs moyens infinis de se faire donner de l'argent, je les omets, pour abréger le discours. Mais en présence de l'immensité des dons que l'on fait à ces hommes, et de la considération que leur accorde le vulgaire, nous ne pouvons nous empêcher d'éprouver une douleur mêlée d'une horreur profonde.
Mais je reviens à l'état de nos affaires au Japon. Nous sommes descendus d'abord, ainsi que je vous l'ai dit, à Cangoxima, patrie de Paul, qui y a, par ses instructions assidues, converti toute sa famille à J.-C, et qui aurait sans peine converti toute la ville, si les bonzes n'y avaient mis obstacle. Ils ont en effet persuadé au roi , dont la