LIVRE VIL — LETTRE DEUXIÈME
lequel ils étaient créés. Et leur étonnement était d'autant plus profond que , dans leurs traditions religieuses , il est avéré qu'il n'existe aucune mention du Créateur de l'uni- , vers. S'il existait un principe unique de toutes choses, assurément, disaient-ils, les Chinois, de qui leur sont vanues leurs opinions religieuses, ne l'auraient point ignoré; car les Japonais accordent aux Chinois la prééminence eii sagesse et en science, en tout ce qui concerne la religion ou le gouvernement des États. On nous adressait un grand nombre de questions touchant le principe des êtres , s'il était bon ou mauvais , si le même principe était l'origine du bien et du mal ? Nous répondions qu'il n'existait qu'un principe unique, souverainement bon, et sans aucun mé^ lange de mal. Cela ne les satisfaisait point; en effet, ils avaient toujours considéré les démons comme mauvais de leur nature, et ennemis déclarés du genre humain. Et d'un autre côté, Dieu, s'U était bon, aurait-il jamais préé des êtres aussi pervers? A ces raisonnements, nous répondions que les démons créés bons par Dieu, étaient devenus méchants par leur propre faute, et que, pour cette, cause, ils étaient l'objet d'une punition et d'un supphce sans fin. Ils opposaient alors que Dieu, qui était si sévère dans le châtiment des coupables , ije pouvait être miséricordieux. Ensuite, si Dieu avait créé le genre humain de la manière que nous l'enseignions , devait-il permettre que les hommes venus au monde pour le servir fussent persécutés et tentés par le démon? Pareillement, si Dieu était bon, devait-il créer les hommes aussi faibles et aussi enclins au péché; n'eût-il pas dû plutôt les créer exempts de tout mal ? Dieu, disaient-ils encore , ne saurait être bon , étant l'architecte de cet effrayant séjour des enfers, et se montrant à jamais sans miséricorde envers ceux qui souffrent, au sein des enfers, les plus épouvantables supplices, pour une éternité tout entière. Enfin, s'il était bon, aurait-il jamais imposé aux hommes des lois aussi difficiles à observer? Tandis qu'au contraire, leurs traditions religieuses en-