LIVRE VII. — LETTRE DEUXIÈME
nir rigoureusement? Cet ignorant de toute science humaine répondra, sans aucun doute, de manière à faire connaître qu'il n'est pas ignorant de la loi divine. D'où peut-il avoir reçu cette connaissance , si ce n'est de Dffeu , l'Auteur de la nature? Et si cette connaissance existe chez les barbares, que doit-on penser à l'égard des nations civilisées et policées? S'il en est ainsi, c'est nécessairement qu'avant les lois humaines une loi divine a préexisté naturellement dans le cœur de tous les hommes. Les Japonais ont admis ces raisons, et, délivrés de leurs inquiétudes, ils ont pris une entière confiance et reçu de nous, avec un cœur joyeux, le joug délicieux du Seigneur.
Mais les bonzes sont nos plus grands ennemis, parce que nous confondons leurs mensonges. Ainsi que nous l'avons dit. Us faisaient croire au peuple que les cinq commandements ne pouvaient en général être observés, et que pour ce motif ils les devaient eux-mêmes observer pour le peuple, à la condition que le peuple aurait soin de pourvoir à leur existence et à leur entretien. Ils ^e portaient garants que si quelqu'un de la nation descendait aux enfers, il en serait retiré par leur intervention et leur assistance. Nous, au contraire, nous prouvions à la multitude que dans l'enfer il n'existait point de rédemption, et que personne ne pouvait en être délivré par les bonzes ni par les bonzesses. Étant convaincu par nos arguments, le peuple se plaignait d'avoir été trompé par les bonzes. Enfin, avec la grâce de Dieu, les bonzes mêmes laissèrent échapper de leurs lèvres la confession de la vérité. Ils ne pouvaient, dh'ent-ils, conjurer pour personne les supplices de l'enfer; mais s'ils ne professaient en pubhc qu'ils avaient ce pouvoir, ils se verraient infailliblement réduits à mourir de faim. Effectivement, après peu de temps, les bonzes, dépourvus insensiblement des offrandes de leurs fidèles, éprouvèrent de grandes privations domestiques et se virent en butte à des affronts publics. Au sujet des enfers, des disputes si vives se sont élevées entre nous et les bonzes, qu'ils paraissent