CHAPITRE SEPTIÈME (1551-1552). GVU
à SOU serviteur ce dessein si sévère, afin d^en accorder le terme aux prières de son Saint. Quoi qu'il en soit, Xavier connut dès cette Iieure, la levée du siège et la délivrance des habitants, mais il ne le manifesta que plus tard, comme nous le verrons. /
Après quelques jours de navigation, le vaisseau fut assailli par un vent du sud, qui l'entraîna dans des parages inconnus des Portugais: pendant cinq jours, le soleil cessa d'apparaître, et le pilote finit par ignorer la voie de son navire. Au milieu de la tourmente, la grande chaloupe, amarrée à la suite du bâtiment et qui renfermait quinze hommes de l'équipage, eut ses attaches'rompues, et fut entraînée en pleine mer. Les efforts du capitaine pour secourir ses gens mirent encore son vaisseau dans un plus grand péril, et la nouvelle manœuvre fit présenter le flanc à des vagues immenses qui s'abattirent sur le pont et menacèrent de tout engloutir. Xavier, intrépide au milieu de la tempête, et du naufrage, allions-nous dire, paraissait lui-même être devenu le capitaine et le pilote, à côté des vaillants officiers portugais. Levant les yeux au ciel, il s'écria vers sou Dieu : « O Jésus-Chrisî, amour de mon âme ! secourez-nous, « Seigneur, par la vertu des cinq plaies que vous avez reçues (^ pour nous sur la Croix. » A ces paroles, on sentit le navire, qui s'enfonçait déjà, se relever et reprendre son équilibre.
Mais la chaloupe avait disparu; le vent et la mer l'avaient entraînée, et Xavier gémissait avant tout sur le sort de deux mahométans esclaves, qui avaient refusé de se faire chrétiens , et qui allaient périr infidèles, et rebelles à la grâce. Il pria pour tous les passagers de la chaloupe, surtout pour ces deux esclaves, et sentant enfin sa prière exaucée, il se releva et se tournant vers le capitaine : « Cessez de vous affliger, lui dit-il; avant trois jours la fille aura rejoint sa mère. » Rentrant alors dans sa chambre , il se rouîit en prières , et demeura dans une sainte extase pendant un grand nombre d'heures: lorsqu'il remonta sur le pont, il priait encore et versait d'abondantes larmes. A cet instant, il s'écria de nouveau : « Jésus, mon Seigneur, je vous conjure par les souffrances de votre Passion sacrée, ayez pitié de ces infortunés qui viennent à nous, parmi tant de périls ! »
Bientôt après , un enfant assis au pied du mât, fit entendre ces cris : « Miracle, miracle, voici la chaloupe ! » Elle venait en effet, et quoi(|ue la mer fût violemment agitée, elle Ira-
VIE DE SAIJNT FUANÇOIS-XAVIEK.
çait directement sa voie, et vint s'appliquer au côté du vaisseau, de manière à permettre de recueillir sans efforts tous les passagers qui la montaient.
Ces hommes déclarèrent que, dans la tempête, au milieu de la mer immense, ils avaient à leur gouvernail le P. François qui dirigeait la chaloupe, et les fortifiait de ses ferventes paroles.
Ainsi, par un miracle entre les miracles, le Père était présent à la fois sur le navire et dans la chaloupe : et les nombreux témoins de ce glorieux prodige adorèrent Dieu dans sa toute-puissance, et les deux mahométans confessèrent Jésus-Christ et demandèrent le baptême.
La mer étant devenue favorable, le vaisseau d'Edouard de Gama parvint, en peu de jours, dans le port de San-Chan, que les Portugais ont appelé Sancian , et que les derniers événements de la vie de Xavier rendirent à jamais illustre. Là, s'arrêtait Gama, pour réparer son navire et pour suivre ensuite une voie différente. Et le P. Xavier, ainsi qu'il l'avait connu par avance et prédit, trouva, pour le ramener aux Indes, le navire de son excellent ami Diogo de Pereira.
Avant de partir, Xavier, s'entretenant avec le pilote qui l'avait amené du Japon et qui se nommait Francisco d'Aguiar, lui prédit qu'il ne finirait point ses jours sur la mer, et que jamais aucun navire sur lequel il serait nç. périrait par la tempête. Aguiar crut très-fermement à la prédiction du Père, et dans le cours de son existence , il en éprouva les effets très-sensibles, naviguant sur les bâtiments les plus délabrés, sans frayeur, dans les temps les plus formidables, au point de paraître à tous follement téméraire et comme insensé, tandis qu'il n'agissait qu'en vertu des promesses d'un Saint.
On mit à la voile de San-Chan le 31 décembre 1551.
Alors Xavier fit part à Pereira du dessein qu'il avait fonné d'aller annoncer l'Évangile dans l'empire chinois {Lettres, II, 21û, 235). Les merveilleux éloges qu'il avait entendu faire de la science et du génie des Chinois, lui faisaient concevoir une éminente idée de ce peuple, et les fruits déjà recueillis dans les royaumes de Saxuma, de Bungo et d'Amauguchi étaient, h ses yeux, les présages de succès infiniment plus grands, s'il allait combattre l'in-
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