‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 56 sur 759 · CHAPITRE SEPTIÈME (1551-1552). CIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME (1551-1552). CIX

fidélité dans son fort, et si le Japon apprenait les victoires de la vérité sur l'erreur , dans les universités mêmes d'où la science japonaise tirait son origine. Déjà, lorsqu'il était au Japon, Xavier, plein de cette pensée, avait traduit en chinois l'Explication de la doctrine chrétienne , et il méditait alors les moyens d'accomplir le dessein suprême d'aller évangéliser cet empire , dont les origines étaient fabuleuses, et dont l'enceinte s'étendait, suivant l'expression chinoise , vers les quatre mers , c'est-à-dire vers les extrémités mêmes de l'horizon.

Les Portugais firent envisager à Xavier les graves différends survenus en Chine, dans les dernières années, entre leurs compatriotes et le gouvernement du pays. En effet, les exactions et les cruautés de Simam d'Andradc et d'autres Portugais avaient fait exclure des ports de la Chine la nation portugaise tout entière, et de sanglantes représailles accomplies sur les principaux coupables avaient scellé ce fatal arrêt.

Une ambassade seule, protégée par le droit des nations, pouvait ouvrir un accès jusqu'à Pékin, la capitale chinoise : et Pereira, de qui le grand cœur savait tout sacrifier pour le bien de la religion, offrit au vénérable Apôtre trente mille pièces d'or pour les frais de cette ambassade. Xavier, reconnaissant d'un bienfait si immense, conçut dès lors la pensée de faire désigner sou ami par le gouverneur des Indes , pour aller lui-même en qualité d'ambassadeur auprès de l'empereur de Chine.

Cependant Pereira craignait cjue le siège et tous les malheurs de Malacca ne l'obligeassent à joindre son bâtiment à la flotte qui serait armée pour la délivrance de cette ville. Xavier rassura son ami, lui déclarant que Malâcca , délivrée à cette heure par la frayeur panique et la fuite des assiégeants, n'avait désormais aucun besoin de secours ni de protection.

Ce fut dans le même voyage que Xavier prophétisa touchant le navire de Pereira, qui s'appelait la Sainte-Croix , et qui devint fameux dans toutes les Indes. Au milieu d'un violent orage , le Père, après avoir longtemps prié Dieu, dit à Pereira : « Diogo de « Pereira, rendez grâces à Notre-Seigneur , car il nous accorde « plus de grâces que nous n'en méritons. La divine miséricorde «nous donnera la preuve du danger présent où nous sommes "■ par le sort de l'autre navire , qui est sorti de San-Ghan de con-

ex

VIE DE SAINT FRAÎ^ÇOTS-XA-VIE?

« serve avec nous; mais la Sainte-Croix évitera tout danger , et « ne périra que de vétusté, sur le chantier même où elle fut cons- « truite, après de longues années. »

L'orage en effet s'apaisa, et bientôt parurent à la vue du navire les débris de l'autre bâtiment, et, sur une planclic flottant à l'aventure, deux matelots qui furent recueillis, et qui donnèrent la confirmation douloureuse du naufrage de leurs compagnons.

La Sainte-Croix , pendsint l'espace de trente ans, parcourut toutes les mers de l'Inde avec une merveilleuse fortune, et ni les pirates qui l'attaquèrent, ni les orages qu'elle essuya , n'eurent sur elle aucune puissance. Un jour, elle devait faire voile de Malacca pour Cochin , avec une charge extraordinaire : et les marchands qui la montaient , effrayés eux-mêmes de voir ce vieux bâtiment naviguer à fleur d'eau, et comme dit le vieil historien Lucena, boire l'eau de toutes parts, rentrèrent précipitamment dans le port : mais encouragés par leurs compatriotes, ils se remirent en mer, et contre toute prévision iiuiuainc, ils justifièrent la prédiction de l'Apôtre. Enfui, après trente ans d'une navigation toujours favorable, la Sainte-Croix devenue la propriété du gouverneur de Diu , fut amenée au rivage , dans le lieu même où on l'avait construite : et là, sans que la main de l'homme l'eût seulement touchée, elle tomba d'elle-même en mille débris.

Et afin même que la bénédiction promise par le Père se perpétuât par delà ce terme, il arriva qu'un marchand, nommé Jorge Nunez, e c ueiliit une des planches de la Sainte-Croix et la fît clouer à son propre navire, persuadé qu'avec ce secours il ne ferait jamais rnaufragc. Sa confiance fut récompensée, et son navire eut la même fortune que le vaisseau de Pereira, eî, comme celui-ci, périt de vétusté, sur le rivage même de son port d'origine.

Diogo de Pereira ne devait point , à cause même des préparatifs du voyage de Chine, accompagner le Saint jusqu'aux ludes. Celui-ci lui fit connaître qu'à Malacca se trouvait un vaisseau monté par Antonio de Pereira , et qui devait attendre l'arrivée de la Sainte-Croix pour mettre à la voile, et le Saint , en passant devant Singapour , écrivit ])ar terre à Antonio pour lui annoncer sa venue , et au P. François Pérez , supérieur de la maison de JMalacca, pour lui recommander certaines dispositions à prendre.

La ville tout entière de Malacca fit un merveilleux accueil au

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