LIVRE VII. — LETTRE DEUXIÈME
Japon, j'en ai rapporté des forces corporelles suffisantes, mais peu d'énergie et de forces spirituelles; j'ai néanmoins confiance en la miséricorde de Dieu et dans les mérites infinis du Seigneur Jésus-Christ, et j'espère accomplir selon mes vœux le voyage laborieux de la Chine. Mes cheveux ont entièrement blanchi , mais je suis demeuré dispos et robuste, autant que jamais en ma vie. Les efforts qui sont employés avec zèle pour la conversion d'un peuple raisonnable, ami de la vérité et de son salut, procurent des consolations suprêmes. Dans Amanguchi, lorsque le roi nous eut permis de prêcher l'Évangile, un si grand concours se faisait autour de nous, que j'ai goûté des fruits de vie plus délicieux qu'en aucun autre temps de mOn existence. Je voyais les esprits des bonzes abaissés devant Dieu par notre ministère , et la victoire la plus éclatante remportée sur ces formidables ennemis. J'admirais la joie de nos néophytes à la défaite des bonzes , leur zèle ardent pour déclarer la guerre aux païens ou pour les attirer au baptême, enfin leur triomphe dans la victoire, et les récits qu'ils se faisaient entre eux de leurs conquêtes, de la ruine et de l'anéantissement des superstitions impies. Toutes ces délices inondaient à ce point mon âme, que le sentiment même de la souffrance s'était évanoui. Plût à Dieu que ces consolations divines , effets de la grâce , et adoucissement de nos travaux, dont je vous fais le récit, pussent être révélées non-seulement aux oreilles, mais aux cœurs des savants qui remplissent les académies d'Europe. Combien de ces jeunes gens livrés à l'étude tourneraient leur zèle et leur science vers la conversion des Infidèles, après avoir connu les célestes délices qui découlent de cette œuvre sainte. Si le monde connaissait combien les âmes des Japonais sont heureusement préparées pour la semence évangélique, que de savants quitteraient leurs études, que de chanoines, de prêtres, de prélats mêmes délaisseraient leurs riches bénéfices, et se dégageraient d'une existence amère et sans consolation, pour la seule vie qui