‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 57 sur 759 · CHAPITRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIEME

p. Xavier. On eût dit que toutes les souffrances étaient oubliées. Cependant le vénérable Père, en voyant les vestiges du siège et les ruines des édifices, fut saisi de douleur et ne put s'empêcher de rappeler aux habitants la divine justice dont il les avait menacés autrefois, et dont par leur impénitence ils avaient attiré sur eux les arrêts sévères : en môme temps il les consola par des paroles de miséricorde et les conjura de faire, à ce moment enfin, une pénitence salutaire.

Ce fut alors qu'il fit part à D. Pedro de Silva, qui venait de quitter le gouvernement, et au frère de ce capitaine, D. Alvare de Gama, qui lui succédait, de sou dessein d'une expédition en Chine, et il en fut pleinement approuvé. Nous verrons plus tard que l'avarice et la jalousie firent changer les dispositions d' Alvare, et , par la permission divine , empêchèrent le voyage du Saint et son apostolat dans l'empire chinois.

Xavier étant monté sur le vaisseau de Pcreira, parvint heureusement à Cochin, le 24 janvier 1552 {Lettres^ il, p. 232).

A Cochin se trouvait, depuis plusieurs mois, le roi des Maldives, que la rébellion de ses sujets avait fait s'exiler, et qui était venu solliciter l'assistance des Portugais, afin de recouvrer son royaume. Le P. Fleretha l'instruisait avec zèle; mais le prince, qui craignait d'irriter sans retour ses peuples, s'il se convertissait à la foi de Jésus-Christ, ne s'était point rendu, lorsque le P. Xavier, par sa sainte élocfuence, abattit cette résistance et baptisa solennellement le néophyte. Et Dieu permit que ce prince ne trouvât point de la part des Portugais les secours qu'il en avait espérés : ses Etats, qui ne produisaient ni or, ni parfums, ni épiceries, ne parurent point assez riches pour être l'objet d'une protection vénale, et le souverain délaissé termina ses jours dans uue condition privée, persévérant dans sa foi, que peut-être eussent compromise les dangers d'un règne.

De Cochin, le Père écrivit en Europe, au P. Ignace [Lettres^ ÏI, p. 206), à la Compagnie de Rome {Lettres^ II, p. 216), et au P. Simon Rodriguez {Lettres, II, p. 238), pour rendre compte à son vénérable Père de sa mission au Japon, et pour réclamer des ouvriers apostoliques; et l'on remarque en ces lettres un accrois \ sèment singulier de ces vertus saintes qui allaient bientôt parvenir à leur consommation et recevoir leur couronne. On ne sauroit les lire sans en être profondément édifié , et sans trouver dans sa foi

YIF DE SAINT FRANÇOIS- XAVIER

même], en déposant le livre, plus d'amour pour Dieu , plus de charité pour ses frères, et nous pouvons le dire, plus de zèle pour la conversion des âmes.

Enfin, vers le commencement de février 1552, le P. Xavier était à Goa, dans le collège de Saint-Paul. A l'arrivée du Saint, quelqu'un du collège était malade et paraissait au moment de mourir. Néanmoins, il avait la confiance que le bien-aimc Père le délivrerait tout ensemble du mal et du péril. Xavier s'étant rendu près du religieux, cette sainte présence suffit pour procurer au malade une guérison parfaite.

Xavier était alors entouré de la plupart de ses Frères. En effet, plusieurs y étaient arrivés, appelés par ses ordres ou par ceux du P. Paul de Camerino; plusieurs étaient venus de leurs résidences pour des motifs majeurs ; et il paraissait qu'à la veille de s'éloigner encore de sa vaillante armée, et cette fois pour toujours, l'homme de Dieu désirait la passer en revue, et laisser à chacun d'entre eux, comme un legs sacré, la salutaire influence de ses exemples et de ses leçons.

Le P. Gaspard Barzée était venu d'Ormuz, par l'ordre de Xavier, qui se le destinait comme successeur au Japon. Barzée, cet homme sans instruction et de basse naissance , avait , dans sa vertu sublime , pris le vol de l'aigle , et sa science éminente et la splende ses œuvres étaient l'admiration du siècle (Voir Lettres, II, 17, et note) (1). Le P. Barzée avait régénéré la cité d'Ormuz : à sa voix les idolâtres, les mahomélants et les Juifs étaient entrés en foule dans l'Église de Jésus-Christ. Les temples de l'infidéhté désertés par l'erreur étaient consacrés au culte du vrai Dieu. La réforme des mœurs avait renouvelé la face d'une ville immense, fameuse dans tout l'Orient par son opulence et ses désordres. Mais les grandes œuvres de ce Père fourniraient, à elles seules , dans notre récit, un épisode immense.

Les PP. Trigault (dans la Vie du P. Barzée), et Lucena (dans un livre entier de la Vie du P. Xavier ) ont raconté la vie de cet homme apostolique. Leurs récits sont pleins de faits admirables, et l'on voudrait pouvoir en donner ici la principale substance.

(1) Nous donnons dans l'Appendice n" IV, plusieurs fragments des lettres du P. Barzée, qui donneront une idée de son prodigieux mérite.

CBAPITRE SEPTIÈME (1551-1552). . CXIII

Mais la plupart de ces premiers Jésuites n'étaient-ils pas des géants dans l'ordre spirituel ! Le Ménolc^e de la Compagnie n'inscrit-il pas à côté de plusieurs de leurs noms le titre de Martyr: et parmi Jes autres Pères, combien sont morts après avoir confessé la foi ; combien sont morts épuisés par l'apostolat, et combien n'ont achevé le cours ordinaire d'un âge Complet , que pour donner , pendant de nombreuses années de mortification et de sainteté , les exemples parfaits des plus rares vertus ? ,*

A Gomorin, comme si le vénérable martyr Antonio Criminale visitait plus efficacement cette église par le secours de ses prières en présence de Dieu, que par son apostolat, lorsqu'il était présent sur la terre : — ainsi l'apôtre saint Pierre, peu de jours avant son martyre, avait promis à l'Église catholique romaine de la visiter toujours du haut du ciel par sa médiation devant Dieu , — le P. Henri Henriquez, par la force de sa doctrine, et surtout par les exemples de sa pénitence, convertissait en grand nombre les mahométans et les idolâtres. Parmi les savants qu'il rendit chrétiens , on cite un docteur brahme qui, par une tradition reçue de ses maîtres, possédait des notions vraies sur la création du monde, sur le mauvais serpent, la tentation d'Eve et le péché de notre premier Père. Ce personnage, incrédule aux idoles, reconnaissait un seul Dieu, créateur et maître du monde : et sa philosophie morale s'était élevée à ce point, par les lumières réunies de la tradition et de la conscience, qu'il avait, touchant le péché contre Dieu et les principaux devoirs de nature, des opinions pleines de sagesse et dignes d'un chrétien. Sa vie d'ailleurs était austère, et ses heures se passaient dans la contemplation du souverain principe : ses discours mêmes exprimaient des pensées si sublimes et de si touchants retours sur les choses du^ monde, que le P. Henriquez en était dans l'admiration. L'orgueil néanmoins le retenait encore , après que la science lui avait découvert la vérité; mais Henriquez, à ses leçons éloquentes, ajouta la puissance de la prière, saintement offerte en présence de Dieu: et le docteur superbe finit par s'humilier avec les petits et les humbles aux pieds sanglants du divin Crucifié : et sa conversion fut le signal d'une infinité d'autres. . . > , ^ > ■

Aux Moluques, les PP. Lancilotti et Beirà; à Malacca , le P. François Pérez ; à Saint-Thomas-de-Méliapour, le P. Alonzo Cy- I.' h

Si

priano, réalisaient des prodiges. A Baçaïm y le P. Melchior Goiiçaléz: avait baptisé quatre cents personnes en très-peu de temps, et fait construire une église en l'honneur de la très-sainte Mère de Dieu, avec un collège pour les enfants chrétiens. Il convertit la plupart des habitants de l'île de Salsète , près Baçaïm ; et la pagode magnifique de cette île, où de nombreux pèlerins venaient adorer le démon, se vit consacrée au culte du vrai Dieu. On raconte aussi qu'un vieillard, qui paraissait avoir dépassé par de longues années les limites de la vie humaine, vint trouver le missionnaire pour en être instruit dans la religion et pour demander le baptême. Après un enseignement sommaire, ce vénérable vieillard qui, pareil à l'aveugle du Saint Évangile, demandait qui était Jésus-Christ, afin de croire en lui, reçut le sacrement de Baptême, et survécut seulement quelques heures à cette grâce qui devait l'introduire, avec sa parfaite innocence, en présence de son Dieu, et lui donner, immédiatement l'intelligence souveraine et béatifique de ce Dieu,

Autrefois, dans^Tana^ les pères eux-mêmes vendaient leurs enfants aux mahométans, qui en faisaient leurs esclaves et ceux de Mahomet. Le P. Gonçalez racheta, pour un prix modique (1), une infinité de ces jeunes créatures, et donna l'exemple de cette œuvre pieuse, qui fut une œuvre de tous les temps dans notre Éghse, et qui s'appelle de nos jours l'œuvre de la Sainte-Enfance.

A Cochin, le P. Balthazar Gago venait de recevoir, avec l'approbation de l'évêque de Goa, l'église de la Mère-de-Dieu, que ses administrateurs avaient ofl"erte à la Compagnie. Mais quelques nuages s'étant élevés dans les esprits des donateurs, le saint Père, à son arrivée du Japon, lorsqu'il passait par Cochin pour se rendre à Goa, donna vis-à-vis du monde un mémorable exemple de sa parfaite humilité: il rendit l'édifice aux donateurs, en leur exprimant, dans les termes les plus touchants , sa charité profonde , son amour de la paix et son renoncement Les propriétaires anciens, admirant ce saint empressement, renouvelèrent, avec un secret

(1) Une fois, le Père acheta pour 3 tangas et demie, ou 210 reis portugais, — environ 2 francs, — deux enfants qui, des mains du prêtre qui venait de leur conférer le baptême, s'envolèrent nu Paradis, et allèrent comme l'embellir de leur présence.

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