LIVRE VJI. — LETTRE CIJNQUIÈME
de condition séculière et les constituer comme vos procurem's à cet effet. Dans le choix de ces personnes, vous tiendrez compte avant tout des vertus et de la piété : ce doivent être en effet des hommes considérés dans le monde Dour leur justice et leur équité , et qui donnent d'évidents témoignages de leur dévotion sincère envers Dieu, par la fréquentation des sacrements de Pénitence et d'Eucharistie ; il conviendrait également que vous pussiez donner à ces personnes quelques pieuses méditations à pratiquer, parmi celles qui se trouvent en la première semaine des Exercices spirituels. Je désirerais aussi que l'on choisît à cette intention des gens rich,es et possédant un certain patrimoine, s'il se trouvait assez de ces gens, pour que l'on pût faire un choix dans leur nombre. Et voici la raison qui me les fait préférer à des individus d'une moindre fortune : une portion assez considérable de vos revenus provient de contributions modiques payées par une population peu aisée, c'est-à-dire par des artisans vivant difflcilement des fruits quotidiens de leur travail. La plupart ne se trouvent pas en mesure de s'acquitter au terme prescrit, et si les percepteurs ne leur accordent des délais , ils souffrent infiniment dans leur existence; or, ils obtiendront sans peine la faveur d'un délai de la part de gens opulents et surtout vertueux et inclinés à la miséricorde : ces mandataires, riches de leur propre bien, pourront sans embarras faire des avances, dans lesquelles ils devront rentrer avant peu : tandis que des hommes qui sont moins bien partagés du côté de la fortune , se montrent inexorables , exigent le droit avec une rigueur extrême , saisissent et enlèvent sur l'heure la propriété de leurs infortunés débiteurs, s'il arrive qu'ils n'aient point la somme en espèces pour être versée à l'époque déterminée par le droit.
Sur toutes choses, au nom de votre ardent désii' d'obéir et d'être agréable à Dieu Notre-Seigneur, je vous prie et je vous conjure d'éviter de jamais offenser personne ou de donner à personne une juste occasion de plainte. Vous y