LIVRE VIL
LETTRE HUITIÈME
les idées et les impressions elles-mêmes, et ces vives images lui seront de nouveau sensibles; leur souvenir sera si distinct à son intelligence, qu'il y puisera les forces nécessaires pour agir et pour philosopher sainement, selon son devoir et la loi des circonstances. 11 existe une munie différence, dans l'intelligence et le sentiment spirituels, entre les lecteurs vulgaires des pensées écrites par les Saints au sortir de leurs entretiens avec Dieu, et ceux qui reconnaissent dans ces pensées les impressions de leur expérience antérieure et personnelle : les personnes qui n'ont point le privilège de ce souvenir et de ce sentiment intime ne recueillent de leurs lectures qu'un très-faible avantage. Je vous conseille donc très-vivement de rédiger pour votre usage un mémorial de ce genre, et de noter attentivement sur un cahier les pensées lumineuses que Dieu vous aura secrètement inspirées dans vos méditations de chaque jour, les estimant d'une souveraine valeur, vous en considérant indigne, et, ainsi qu'il convient, vous humiliant d'autantplus que Dieu vous a favorisé de communications plus sublimes.
Ayez cette attention sérieuse et efficace de vous entourer d'amis éclairés , parmi les séculiers mêmes , qui aient assez de lumières pour reconnaître les imperfections de votre prédication, de votre méthode en la sainte Confession, enlin de tous les autres ministères que vous accomplissez; que ces amis soient assez libres pour vous donner des avis sincères, et que vous-même, instruit par ces conseils, vous corrigiez vos fautes, et vous vous en préserviez pour l'avenir, par un juste retour sur vous-même.
Dans le saint ministère de la Confession, vous éviterez une hâte trop expéditive et trop sommaire, et vous donnerez une attention patiente à ce devoir, afin de faire accomplir aux pénitents des progrès plus importants et plus sûrs. Aussi lorsque vous aurez sous votre main des personnes qui ont besoin d'être assistées, et qui peuvent l'êlie avec fruit, de qui l'exislence est d'ailleurs assez régulière, pour qu'elles aient le loisir et la volonté de s'appliquer à
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LlVRl' VIL — LETTRE HUITIÈME.
la culture de leur âme ; après que vous aurez entendu l'aveu de leurs fautes, vous leur prescrirez de demeurer dans l'attente pendant quelques jours, et de se disposer à la contrition sincère de leurs péchés en s' excitant à la douleur d'avoir offensé Dieu , qui est tout-puissant et souverainement aimable. Dans cette vue , vous leur imposerez comme un devoir d'accomplir de pieuses méditations sur la mort, sur le jugement, ou sur les peines des réprouvés dans l'enfer , afin qu'elles conçoivent d'une manière évidente en quelle complication de funestes misères elles se sont engagées par le péché, et qu'elles éprouvent une haine et une désolation si profondes de leurs iniquités passées, que la contrition arrache à leur cœur des larmes véritables , et le ferme propos de se convertir , et qu'elles vous donnent ainsi l'assurance qu'elles mèneront désormais une vie très-innocente.
Vous observerez surtout cette conduite avec ceux qui sont exposés à des tentations continuelles et à la séduction du péché, qui se voient constamment détournés de bien faire, et qui, par l'effet de là fragilité humaine, ne sauraient être crus sans avoir donné des gages, lorsqu'ils promettent de mener dans l'avenir une vie meilleure. Tels sont ceux qui ont nourri des inimitiés graves avec des adversaires, et qui ne se sont pas réconciliés encore; ceux qui n'ont point rompu d'une manière définitive avec les engagements d'une passion criminelle, et qui ne paraissent point assez garantis contre les retom^s de leur vice, au premier échec de l'occasion; ceux enfin qui possèdent le bien d' autrui, et qui, jusqu'à ce jour, ont imaginé des retards et ne l'ont point rendu. Tous ces pécheurs, après leur confession, doivent être exercés par vous dans des méditations ascétiques en rapport avec leur état spirituel; et lorsqu'enfin ils auront satisfait à leur conscience, vous les pourrez absoudre ; et en les renvoyant, vous les exhorterez à se présenter souvent par la suite au tribunal sacré de la Pénitence.
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