LIVRE VU. — LETTRE HUITIÈME
Toutes les fois qu'il arrivera que les pénitents dont vous entendrez les confessions, sentant leur conscience grevée par un bien mal acquis, vous en apporteront la valeur pour être distribuée aux pauvres selon votre discrétion, parce qu'ils en ignorent le propriétaire légitime, vous n'emploierez aucune partie de ces sommes pour votre usage ou pour celui du collège, si grands d'ailleurs que puissent être vos besoins ; vous ne consentirez point à les distribuer entre des personnes ou des familles indigentes; mais vous les remettrez tout entières aux présidents de la Confrérie de la Miséricorde, afin qu'ils en fassent l'emploi selon leurs propres lumières. Ainsi vous fermerez l'entrée à des soupçons qui seraient compromettants et qui vous priveraient de l'autorité nécessaue pour l'avancement de la religion. ■
Agissez toujours, dans vos rencontres et vos conversations avec, les personnes du monde, dans les rapports que i?^ous aurez avec elles pour les diriger vers le bien, de manière à ne jamais laisser échapper, si grande et si intime que soit votre familiarité, rien qui soit de nature à vous être opposé, s'il arrivait, et vous devez toujours présumer que ce doit arriver, que ces personnes se tournassent contre vous. Cette prudence est d'une importance extrême, pour vous d'abord, et ensuite pour ceux dont vous avez à cœur de procurer l'avancement.
Aux personnes qui se seront confessées , qui témoigneront qu'elles sont contrites , et qui solliciteront leur absolution , vous ne l'accorderez point avant qu'elles n'aient donné des gages de satisfaction , en ces trois points principalement : des inimitiés , du désordre des mœurs et de l'injuste détention du bien d'-autrui. Imposez -leur avant tout de se réconcilier publiquement avec leurs ennemis , de retrancher d'elles toute occasion d'offenser la morale , de rendre au maître légitime le bien injustement possédé ; d'accomplir enfin toutes les réparations dont la conscience leur fait un devoir immédiat ; qu'elles ne s'estiment pas libé-