LIVRE VII. —LETTRE ONZIÈME
donne, quoique vous ne soyez point digne de cette grâce, le talent et les forces nécessaires pour l'instruire selon ses besoins et le faire avancer selon ses désirs : vous n'êtes en vérité que le ministre d'une grâce étrangère à vous et dont vous ne pouvez vous attribuer aucune part : effectivement votre génie pénétrant, l'énergie de votre action, ainsi que la sensibilité et la docilité de vos auditeurs ne sont que des grâces de Dieu, accordées non à vos mérites, mais à ceux de l'Église chrétienne et de votre pieux auditoire. Vous y devez trouver un motif d'aimer ce peuple, et de lui vouer l'attachement le plus tendre, considérant que c'est en vue de lui que 'Dieu vous communique l'élo- , quence et la science ; que si vous vous les attribuiez et les missiez au rang de vos avantages personnels, vous seriez injuste et ingrat, et vous méconnaîtriez sans délicatesse, et leur auteur, et les personnes en vue de qui ces biens vous sont dévolus.
Vous devez aussi réfléchir que si la plus faible partie de vos œuvres peut être née de l'efl'ort humain, c'est le fruit des prières et des suffrages des Confrères qui, combattant pour Dieu dans différentes parties de la terre , implorent l'assistance divine pour les combats de leurs Frères qui sont ailleurs sous les armes : ce ^qu'ils accomplissent avec une charité et une humilité parfaites, et ils obtiennent de Dieu Notre-Seigneur qu'il daigne par instants employer le ministère des enfants de la Compagnie pour procurer sa propre gloire et le salut des âmes. Si vous conservez ces pensées gravées intérieurenient dans votre âme, vousii§^ sauriez jamais devenir sensible aux applaudissements leà plus Tifs et aux louanges décernées à l'éloquence de vos discours : plus on vous élèvera, plus vous vous humilierez profondément : étant convaincu de science certaine que de ce talent qui vous a été confié à votre propre péril pour le salut d' autrui, le compte le plus sévère vous sera demandé; et dans ce ministère vous ne pouvez découvrir rien qui vous soit propre, si ce n'est des fautes infinies d'im-
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