LIVRE VII. — LETTRE ONZIÈME
Mais lorsque vous vous livrerez à la méditation de ces vérités, je vous recommande dé la manière la plus instante, de consigner par écrit, afin d'en garder le souvenir, les ins|)irations par lesquelles Dieu, qui se plaît dans son amoiir â éclairer ceux qui le cherchent , aura visité votre . intelligence altérée de la science qui est selon son cœur ; tes inspirations pénètrent et se gravent plus profondément dahs l'esprit, par l'effet de l'action même et du temps d'écrire; et s'il arrive, comrhe il est ordinaire, que la durée du temps en ait affaibli l'image et comme effacé le souveimr, là lecture des cahiers où vous les avez exprimées t toutes nouvelles et toutes vives, les fait renaître, pour aiiisi ? ÔÉè, aux yeux de l'esprit; elle fait ressortir l'original de sa copie fidèle , ou , si vous voulez , ouvre une seconde fois la veine métallique où l'on a déjà puisé, et, pénétrant plus avant, en retire de nouvelles richesses ; ou bien enfin elle prend le faîte même de la construction primitive et le fait servir de base pour une édifice plus considérable. Car c'est ainsi que la divine sagesse, qui ne demande qu'à se communiquer au dehors, par l'effet d'une miséricorde toute gratuite , se plaît à faire monter ceux qui le cherchent dès le matin, de lumière en lumière, et du crépuscule à des rayons plus vifs, jusqu'à la plénitude de son midi, par une progression merveilleuse de splendeurs; et de même que la divine Sagesse prodigue surtout ses faveurs aux amants contemplatifs des abaissements de la nature huiniliée, ne doutez point que la pratique persévérante et courageuse du saint exercice de l'humilité et de l'étude intime de vos imperfections ne vous procure un jour, avec abondance , des fruits insignes de perfection pour vous-même et des succès infinis pour le salut des autres. L'expérience vous enseigne ce qui est la vérité même, et que peu de personnes comprennent, que c'est effectivement et uniquement dans un mépris sincère de soi-même que réside l'espérance, pour un prédicateur évangélique, de recueillir des fruits ^y^jijtàbles et sofides; et que
viPiPPiiiniiiiiP
LIVRÉ Yn. — LETTRE ONZIÈME.
be n'est t)oifit un fruit solide et complet qtie cèltii que son auteur ne recueille , qu'en rencontrant sa perte où il cherchait le salut des autres. '^^àtK^;J. t
î)ohc, au nom de l'amour dbtit vous Mël phëtî*ë potit" Dieu, de vos obligations envers hotre P. Ignace fet la Cotiipagnie de Jésus tout entière, et vous n'ignorez pas toute l'étehdiië de ces obligations, je vous prie et je vous conjure, une première, une seconde, une troisième fois, et atec toiite l'intensité et toute l'autorité que je puis donner à ma prière, insistez sans relâche sur les exercices intérieurs de rimmilité. Si, ce qu'à Dieu ne plaise, il vous arrivait de les interrompre, je craindrais, ce dont DieU vous préserve, que vous ne vinssiez à perdre votre âme; li'avez-vous pas entendu raconter, n'àvez-vous pas vu les exemples d'une infinité de personnes qui n'étaient point fondées dans i'huinilité et qui, après avoir enseigné iës autres, ont encouru leur réprobation ? Preiiez donc garde d'en accroître le nombre , je vous en réitère l'avis. Ces malheureux exemples, je voudrais qu'une fois entrés dans vôtre esprit, ils n'en sortissent jamais. Repassez-les souvent, et rappelez-les ci votre mémoh-e; dans vos loisirs, occupez-ën les facultés de Votre intelligence; évoquez là désolante image de ce grand nombre dont la voix a fait entendre, du haut de la chaire sacrée, des discours plUs substantiels et plus pénétrants que les œuvres de votre talent, Ëoht la parole avait plus d'élégance, d'abondance et de séduction que la vôtre; dont l'éloquence a conquis plus d'âmes que vous n'en avez jamais converti par vos exhortations, et les a fait renoncer à l'idolâtrie et au péché : après avoir servi d'instruments à Dieu pour arracher une infinité d'êtres humains à la tyrannie du démon et aux portes de l'abîme, afin de leur ouvrir le royaume de Jésus-Christ et la félicité du ciel, ils ont eu ce déplorable sort d'être, 'par un arrêt plein de justice, précipités dans les feux éternels de l'enfer, pour s'être attribué témérah'ement la gloire qui n'appartenait qu'à Dieu
4Si..