LIVRE VII. — LETTRE DIX-HUITIÈME
envers le prochain, des devoirs de l'obéissance, de la modestie et de la charité. Si vous hésitez à me croire en cette affirmation, soyez très-persuadé qu'au moment de votre mort vous en aurez la conviction la plus évidente. Je vous en prie avec les plus vives instances, au nom de notre saint P. Ignace, durant ce peu de jours pendant lesquels est différée votre dernière heure, apprenez et pratiquez l'égalité d'âme, la douceur, la patience, la simplicité qui s'anéantit elle-même; et demeurez en ces dispositions: l'humilité vient à bout de tout Si vous ne pouvez faire autant que vous le désirez, faites ce qui vous est possible selon la conscience. La force et la passion ne parviennent à rien accomplir, dans ces contrées des Indes, et les succès, que ne sauraient manquer d'obtenir la longanimité, la déférence, la modestie, s'évanouissent dans leur origine et se perdent, en présence des effusions immodérées de la colère, des paroles violentes et des actions désordonnées. Le fruit qui s'obtient sans offense et sans bruit , fût-il aussi exigu
que ce dont cette ligne est l'image <( » ,
est de beaucoup préférable et supérieur à des fruits qui ne sont abondants qu'en apparence , qu'il faut tout sacrifier pour produire, et dont Je compare l'effort à cette ligne entière qui remplit tout l'intervalle d'une page
Je crains, en effet, que toutes les raisons, que je viens de vous présenter, ne soient pas assez puissantes pour vous ramener dans le devoir. Je sais cependant, je veux que vous sachiez aussi, et je vous le déclare solennellement: un jour viendra, qui ne saurait manquer, à l'heure où vous passerez de cette vie, où vous ressentirez vivement en votre conscience les plaies de toutes vos prévarications. Gonzalo Fernandez me paraît tout semblable à vous, amer, susceptible , irritable ; vous êtes formés sur un mpdèle unique, également disposés à voile** sous les couleurs du zèle et de la religion les excès de votre humeur passionnée. J'entends en effet d'ici vos magnifiques discours :
LIVKE VIL
LETTRE DLVUUITIEME.
Nous ne saurions voir en silence 1 affaiblissement de la gloire que l'on doit rendre à Dieu et les entraves apportées au salut des âmes. Qu'est-ce à dire? Réparez-vous ces maux ? Non , vous les aggravez par le tumulte et les orages de luttes pleines de scandale. Je vous le dis encore : ce que vous n'avez point obtenu du coadjuteur par votre humilité et votre modestie, vous ne le lui arracherez jamais par les menaces et par des procédés altiers.
Je vous en conjure tous les deux, au nom de la piété, de l'obéissance que vous professez, et que vous protestez être prêts à témoigner envers le P. Ignace, allez, aussitôt après la lecture de cette lettre, vous présenter au coadjuteur, jetez-vous tous deux à genoux devant lui, sollicitez humblement son pardon de toutes vos offenses envers lui ; enfin , embrassez sa main , et si vous désirez me remplir de satisfaction, faites que j'apprenne que vous vous êtes humiliés jusqu'à lui baiser les pieds, afin de lui donner un gage d'autant plus certain et comme une plus haute sanction de votre repentir du passé et de votre engagement d'être plus humbles dans l'avenir, que votre promesse aura été plus solennelle. Ainsi sera-t-il assuré que jamais, durant votre résidence à Méliapour, vous n'entreprendrez rien contre sa volonté. Croyez qu'à l'heure de la mort vous vous réjouirez d'avoir agi de la sorte : croyez à la parole de Dieu Notre-Seigneur ; n'hésitez point à penser que si votre humilité se révèle à tous les hommes , vous obtiendrez sans peine toutes vos demandes qui auront pour objet le service dé Dieu et le salut des âmes.
Vous êtes en ceci , vous deux et ceux qui vous ressemblent , dans une erreur manifeste , en vous persuadant que la souveraine autorité sur l'esprit des peuples est votre droit pour ainsi dire héréditaire , en vertu du nom seul de la Compagnie de Jésus, et même avant de vous en être rendus dignes par les «rands et éclatants exemples -:à|te l'humilité la plus anéantie. Avez -vous gardé la mémoire de la vénération infinie dont le monde entier, les
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