‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 62 sur 759 · CHAPITRE HUITIÈME (1552). CXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME (1552). CXXI

([lie des nouvelles certaines eurent détruit ce prétexte , il dévoila loute sa pensée , et proclama ses desseins de colère et de longue vengeance.

Ce fut alors qu'ayant épuisé les ^ oies personnelles de douceur et les entremises les plus respectables , Xavier résolut de tirer du fourreau le glaive spirituel dont l'Église l'avait armé, et de dénoncer au gouverneur la qualité de légat apostolique dont le souverain pontife l'avait revêtu, et les anathèmes encourus par les violateurs (les décrets du saint siège. Il mit entre les mains de Joam Soarez, vicaire épiscopal de Malacca, une requête solennelle, l'invitant à la " présenter à Gama , et présumant encore que ce grand coupable s'arrêterait en présence des conséquences de son crime.

Celte pièce nous a été conservée par le P. Tursellin , et nous la lianscrivons, comme un précieux monument qui s'ajoute aux Lettres du Père, et qui nous offre un admirable exemple de courage apostolique et de charité sainte :

« Le souverain pontife Paul III, à la prière de notre roi, m'a. « envoyé dans l'Orient pour convertir les infidèles, afin que, dans la « mesure de mes forces, je me consacrasse à y répandre l'Évan- « gile et à propager la connaissance et le culte du Créateur du « monde parmi les hommes formés à son image.

« Et, pour donner à cette mission un effet plus étendu et un « caractère plus autorisé, le même pontife m'a créé légat aposto- " lique: et en témoignage de ce mandat, il a adressé des lettres de " sa main, avec le diplôme authentique, au roi de Portugal, afin « que ce prince, s'il le jugeait convenable, — c'était sur sa de- « mande, en effet, que j'étais envoyé dans les Indes, — confir- « mât et autorisât ma mission par cet imposant caractère. «Le roi ; « de Portugal, lorsqu'étant appelé par lui, je fus venu à Lis- « bonne, me remit le diplôme du souverain pontife, contenant la « nomination de légat apostolique, et les lettres d'approbation <' royale. "v v', '-^ -/ . •■--. - ■;^ 'fP -'•^*

« Ces titres, dès l'instant de mon arrivée dans les Indes , je " les ai présentés à D. Joam d'Albuquerque, évêque deGoa, qui " les a, selon qu'il était naturel, reconnus et approuvés. Et cepré- " lat, convaincu des heureux succès que pouvait obtenir la reli- " gion chrétienne dans l'empire de la Chine, m'a envoyé vers cet " empire, afin je fisse coimaître à ses habitants la religion vérita-

VIE DE SAINT FRANÇOIS-XAVIER

« ble et la voie du salut. Vous pouvez vous assurer de ces dispo- « sitions du seigneur évêque, par sa lettre adressée à l'empereur « de la Chine, que je fais mettre sous vos yeux, afin que vous « soyez convaincu de l'opinion et de la volonté du seigneur évê- « que, touchant mon voyage vers la Chine. — ,'

« Le vice-roi des Indes, considérant qu'il était de l'intérêt de la « religion que je pénétrasse avec sécurité dans le cœur de cet em- « pire, a désigné Diogo de Pereira pour m'accompagner en qua- « lité d'ambassadeur auprès de l'empereur de Chine. L'authenti- « cité de cette mission est garantie par le mandat écrit, remis à « Pereira par le vice-roi. En môme temps , François Alvarez, (' commandant de la citadelle de Goa, et qui est aussi le procureur « des intérêts de sa majesté, et l'inspecteur de ses finances, a pres- « crit, conformément aux ordres du vice-roi, que tout ce qui a « rapport à cette expédition recevrait son accomplissement.

« Or, le gouverneur de Malacca ne craint point de s'opposer à « un voyage , évidemment agréé de Dieu , et si utile au salut des « hommes, auquel ont pris part, en ses commencements, des au- « torités si nombreuses et si éminentes : il ne craint pas de s'op- « poser à la prédication de l'Évangile.

« Je vous prie donc instamment, et je vous conjure à cette « heure, au nom de Dieu et de l'évêque de Goa, sous l'autorité de « qui vous êtes placé, et attendu votre qualité de représentant de « l'évêque en cette résidence, d'exposer sérieusement au gouver- « neur de Malacca le sens des décrets pontificaux, commençant par « ces paroles : Qui vero de catero (Ceux qui, à d'autres égards), « — décrets qui formulent une sentence d'anathème contre qui- « conque s'oppose aux légats apostoliques ; — et vous conjurerez « ce gpuverneur, au nom de Dieu lui-même, de ne point entraver « notre expédition , entreprise sous les auspices du vice-roi et du « seigneur évêque.

« Au cas contraire , vous lui dénoncerez qu'il est, dès l'heure « même, retranché de la communion de l'Église, en vertu de l'au- « torité, non point du seigneur évêque, ni de vous, ni de moi- « même, mais en vertu de la puissance et du droit suprême des « saints pontifes, auteurs de ces décrets et de ces sacrées ordon- « nances. Pour c^s causes, vous le supplierez en mon nom^ par la « mort et par les plaies de Jésus-Christ Notre-Seigneur, 4e ne « point encourir témérairement des peines ecclésiastiques d'une

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