CHAPITRE HUITIÈME (1552). CXXUI
« nature aussi grâVe. Et, sans doute, il encourrait, de la part de « Dieu, de plus grands châtiments qu'il ne saurait jamais le pré-
« voir.
« Après cette démarche accomplie, je vous prie de me renvoyer « la présente requête, en même temps que la réponse du gouver- « neur, afin que ce document me serve de témoignage vis-à-vis (( du seigneur évêque, et me disculpe du soupçon de négligence, « si je n'ai point réalisé l'expédition de Chine enti'eprise sous ses « auspices.
« Je vous prie de nouveau, avec les plus vives instances, d'ac- (( complir très-promptement cet office. Bientôt sera passée la sai- « son favorable à la navigation vers la Chine. Par cette démar- « che, vous aurez fait une œuvre agréable à Dieu même, et que « je désire très-vivement. Et je ne saurais me persuader que le « gouverneur puisse être assez endurci et assez insensible pour ne « point nous laisser partir, aussitôt qu'il aura connaissance des « décrets pontificaux. »
Gama résista jusqu'à la fin, et le vicaire Soarez prononça l'excommunication solennelle contre lui et contre les fauteurs de ses actes.
Xavier, plein de douleur, gémissait devant Dieu sur le sort de Gama, sur le désastre de Pereira, et surtout sur le préjudice immense qu'allait causer à la rehgion l'œuvre abandonnée. Ses lettres, douloureux testament qu'il adressait à ses amis des Indes et à Pereira' lui-même (il, 377 à 422) , donnent à ses derniers instants d'admirables gages d'humilité. Le Saint n'accuse que lui-même, et l'infinité de ses péchés, du malheur qui l'afflige : il s'anéantit absolument devant Dieu : et, dans le même temps, il prie avec ferveur pour l'infortuné D. Alvare, n'exprimant contre lui, dans ses lettres, aucune parole de plainte : à ce point, que le gouverneur, qui fit intercepter quelques-unes de ces lettres , en fut lui-même étonné, et admira , mais d'une admiration stérile , la vertu de sa vénérable victune. ,■; ^ -.^" ,: -','::':::' '-, ' :'- ■;'- :■,. :; ■ " . . .:■;■:->;;-/':;-■
Cependant, le Saint, au milieu de sa prière, prévoyait les châtiments rigoureux qu'attirait sur lui-même D. Alvare : « Alvare, dit-il un jour, doit perdre à la fois son bien, son honneur e tsa vie : Dieu veuille que son âm<! ne périsse point (1) !»
(1) Deux années plus tard, D. Alvare da Gama fut chargé de fers par les ordres du vice-roi, et conduit prisonnier à Goa, et de là à Lisbonne. Ses biens
VIE DE SAIJXT FRANÇOIS-XAVIER
Xavier, considérant que l'ambassade était rompue, eut la pensée de se rendre seul dans la Chine par une autre voie. Mais son grand cœur voulait épargner à ses religieux les dangers qu'il avait résolu d'affronter jusqu'au bout, et il fit alors partir pour le Japon, Balthazar Gago, Edouard de Silva et Joam d'Alcaceva ; le premier, pour le royaume de Bungo, et les deux autres pour Araanguchi. Lui-même voulut prendre passage sur la Sainte-Croix , que le gouverneur avait armée pour son propre compte , et qu'il envoyait faire le commerce dans l'île de San-Chan.
Au moment de partir, il alla se prosterner au pied du sanctuaire, dans l'église de jNotre-Dame-du-31ont , afin de recommander son voyage à la Très-Sainte-Yierge; et, après une profonde et longue oraison, il se dirigea vers le navire.
Le vicaire Soarez , qui l'accompagnait au rivage, lui demanda s'il n'avait pas, à ce moment suprême, pris congé du gouverneur: ajoutant que les faibles pourraient demeurer scandalisés, et voir une apparence de ressentiment dans la sévérité du Père : « iNon, seigneur, répondit Xavier, qui croyait devoir à l'exemple cet éloignement rigoureux d'avec un excommunié, dom Alvare ne me verra plus en cette vie mortelle : je l'attends au jugement divin , où je l'accuserai devant Jésus-Christ, et où sera terrible le compte qu'il devra rendre. »
Puis, ayant fait quelques pas, il s'arrêta devant une église voisine delà mer : et dans une vive extase, il pria pendant^jielque temps à voix haute pour le salut de dom xVlvare. ^ ? '°
Ensuite il se leva , par une action véhémente, et retirant ses chaussures, il les secoua vivement avec ses mains, et les frappa contre une pierre, afin, selon la parole de l'Apôtre, de ne point emporter la poussière d'une terre maudite.
Enfin le navire la Sainte-Croix mit à la voile, et le Saint, dans ce dernier voyage , accomplit différents prodiges que nous ont conservés nos auteurs, et que constate la bulle de canonisation.
Pendant un calme qui dura près de quinze jours, la pénurie
furent confisqués, un décret infamant llétiit sa personne, et une lèpre Iiideuse s'empara de son corps et termina son existence. Sur le point de mourir, il reconnut la main de Dieu, fit pénitence, et mourut en chrétien : et nous sommes fondé à croire qu'il dut sa conversion aux prières du Saint-
JW^r*"*^ r,«;'V?**'T"^^ç*ai«y- *^iïv;53™Tïapw'ip*T*^'**^*V^^^ï^ '^'^^-'i*^ ^'- '^ t^'-
~3s^;^îwv;*