LIVRE VIL —LETTRE DIX-NEUVIÈME
les hommes demandent d'être guéris avec de la doueem*; mais c'est smtout dans les Indes qu'on le vérifie. Ce peuple est comme le verre : qu'on l'offense, même légèrement, il réagit vivement et se brise ; par des façons aimables on le fléchit, et on le dirige comme on le désire. Ici vous pouvez tout obtenir par la prière et par les manières affectueuses, et vous n'obtiendrez rien parla menace et parla rigueur. Aussi je vous réitère cet avis , afin d'y attirer votre attention et de vous faire vous en pénétrer. Si un mari et sa feinme vous prennent pour arbitre^ et plaident leur cause en votre présence, évitez de jamais donner publiquement aucun tort à l'homme, lors même que les apparences seraient contre lui , ou de permettre que l'avocat ou le défenseur de la partie adverse le fassent en votre pf ésence. Les esprits passionnés des femmes s'emparent avec ardeur des paroles de ce genre et en conçoivent une présomption effrénée; épiant sans cesse les occasions d'humilier leurs maris , si elles présument que la justice est favorable à leur cause, elle s'inspirent de l'opinion qu'elles prêtent aux ministres de Ija religion, choisis par elles pour être leurs arbitres; elles en triomphent ouvertement, et se livrent avec une intempérance de langage sans mesure et sans arrêt à des plaintes , à des accusations contre leurs maris, à des apologies d'elles-mêmes, qu'elles multipUent jusqu'à l'infini; elles remplissent de leur verbiage frénétique les oreilles imprudentes des prêtres qui ont eu le malheur de leur donner audience.
Non-seulement je ne suis point d'avis que l'on doive blâmer le mari en présence de la femme, hiâis je pense même que le prêtre doit paraître ne point ajouter foi aux défenses de la femme qui raconte les querelles de son intérieur, et qui, plaidant sa cause, essaie défaire entendre qu'on ne lui saurait imputer la plus légère faute. Ses récits seraient-ils parfaitement vraisemblables, et même seraientils vrais, il est essentiel qu'elle ne voie point son allégation admise par celui qui préside à la conciUation : on doit au
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