LIVRE VII. — LETTRE DLX-NEUVIÈME
personne; il doit donc n'accueillir qu avec une réserve et une circonspection singulières les allégations et les justifications respectives. C'est une voie très-simple pour arriver au but désiré, qui est la conciliation des parties, en même temps qu'on prévient d'une manière infaillible les plaintes et les longs discours des gens mal disposés. .
Enfin, après avoir reconnu que tous les efforts sont demeurés inutiles, on devra renvoyer, devant le seigneur évêque ou devant son vicaire, les parties que l'on désespère de pouvoir amener à la conciliation. Et en le faisant l'on doit éviter encore d'aigrir l'une des parties ou de lui faire entendre des paroles sévères ; car vous connaissez la faiblesse humaine, on est enclin naturellement à se répandre en reproches contre quiconque n'a point accordé ce qu'on réclamait comme un droit. Et si le médiateur malheureux dans son entremise ne montre pas une prudence extrême, s'il laisse échapper quelques paroles vives, capables d'offenser les deux adversaires, ou l'un d'eux au moins, en les reprenant de leur esprit contentieux et de leur peu d'équité : il n'aura rien gagné, si ce n'est d'encourir la haine de celui qu'il aura censuré, et peut-être le mépris des deux : à la vue d'un arbitre aussi inconsidéré, il doit leur paraître à tous deux qu'ils ont commis une erreur en s'adressant à lui. Afin de ne point compromettre le fruit de vos peines, et de ne point perdre de plus les bonnes grâces de l'une des parties, ou de toutes les deux, vous vous efforcerez défaire paraître; une charité patiente, une prudence pleine de ménagements; en ses moindres paroles, qui permette aux deux adversaires de s'éloigner de vous dans des dispositions modé^ rées, et bienveillantes à votre égard.
Je vous conjure d'une manière générale d'être toujwwirs recueilhs en vous-mêmes, et de vous posséder toBJours^ dans vos rapports avec tous les hommes quels, qu/îls soient. Ne perdez jamais de vue que nous sommes donnés en spectacle à ce monde pervers, qu'à toute heure nous sommes observés par les regards assidus et curieux de