LIVRE VII. —LETTRE DIX-NEUVIÈME
remède. La plupart des hommes voient dans la colère une action coupable; ils ne pourraient jamais croire que la charité divine allume seule le zèle des personnes consacrées à Dieu, qui se livrent à des emportements extrêmes envers les pécheurs; ils s'imaginent plutôt, croyant en posséder la preuve, que ces personnes ne diffèrent en rien des autres hommes, et qu'absolument pareilles aux créatures les plus inférieures, elles se livrent comme elles au flux et au reflux de leurs mouvements passionnés.
Avec les religieux des autres Ordres, et en général avec tous les prêtres qui , pour une cause quelconque , seront en différend avec vous, vous vous montrerez toujours pleins de déférence et d'humilité, donnant , suivant le précepte de l'Apôtre, intervalle à la colère (1) et à l'agitation, s'il s'en élève quelque apparence en vous-même. Ceci n'est point seulement pour le cas où votre conscience vous ferait sentirses reproches; mais pour le cas môme où vous reconnaîtriez avec évidence que vous êtes innocents, et que les torts sont chez vos adversaires. N'ambitionnez pas en ces occasions de plus grande vengeance contre ceux qui vous oppriment avec injustice, que de leur opposer un humble silence, qui tait modestement la justification de son droit, lorsque vous avez compris que vos paroles ne seraient point entendues de personnes égarées par les préjugés et la colère. Vous recueillant alors au plus profond de votre àme , vous gémirez sur la condition de ces individus , qui courent à leur perte en violant toutes les lois du devoir et de la justice ; de ces malheureux, sur qui Dieu tôt ou tard étendra sa vengeance , avec une rigueur plus terrible et plus inexorable que vous et qu'eux-mêmes ne l'auriez jamais présumé. Répandez donc en présence de Dieu vos continuelles prières en leur faveur , attendrissezvous sur leur infirmité, sur leur imprévoyance; surtout préservez-vous avec un scrupule extrême de cé^er en
(1) Rom., xn, 19.