‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 629 sur 759 · LIVRE VII. — LETTRE DIX-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — LETTRE DIX-NEUVIÈME

aucun cas à la douleur que vous éprouvez, de prévoir en votre esprit aucune vengeance à venir , de concevoir la pensée et le désir, même tacites, d'un mal que vous appelleriez sur eux , ou d'exprimer dans votre langage et dans vos paroles en présence du monde une opinion sur leur injustice, et à plus forte raison d'en venir à des actes, qui seraient de votre part une autre injustice.

Tous ces sentiments que la chair et le sang, c'est-à-dire l'instinct dépravé de notre nature , font naître dans les imparfaits, considérez-les comme devant être infiniment dangereux et funestes , si vous ne les bannissez à l'instant de votre âme. Soyez bien persuadé, et à cet égard ne conservez aucun doute , que Dieu répand avec profusion ses grâces et ses bienfaits les plus précieux sur ceux qui ont souffert, avec patience et pour son amour, les persécutions les plus graves, sans éprouver aucun désir de vengeance; sur ceux qui immolent cette ardeur du sang , qui porte à rendre une injure reçue, à la suave charité de Dieu. Alors ce Dieu plein de miséricorde se sent, pour ainsi dire, obligé de compenser avec plénitude ce dont on s'est vu dépouillé par injustice ; il comble d'honneurs et de biens, dans une mesure infiniment plus grande, ceux que la calomnie flétrir, et que la violence dépouille, sans que ces âmes paisibles et pacifiques se laissent émouvoir par un sentiment passionné, si grandes que soient les indignités dont elles sont victimes. Aux auteurs mêmes de l'injustice , à ceux qui vous font éprouver une opposition injuste , qui troublent et ruinent vos pieuses entreprises, il sait infliger à son heure la confusion et la honte qu'ils ont méritées. Mais il retiendra toutes ses justices , si vous-même avancez la main pour prendre part à votre vengeance , ou si des mouvements hostiles et le sentiment de votre oflense, si des paroles de plainte exhalées publiquement, si les actes qui sont en votre pouvoir, ont entrepris sur votre vengeance, et ont eu pour objet d'infliger une peine à vos persécuteurs.

S'il arrivait, ce dont Dieu vous préserve! qu'il survînt

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