CHAPITRE HUITIÈME (1552). , - ..CXXV
d'eau douce occasionna de grandes souffrances parmi les passagers, au nombre de plus de cinq cents personnes. Xavier fit mettre tout le monde en- prières, et ayant commandé que l'on remplît d'eau de mer tous les vases du bâtiment, il fit sur eux le signe de la Croix : puis il fît goûter ces eaux, qui toutes se trouvèrent douces. Un si merveilleux prodige décida la conversion immédiate d'un certain nombre de mahométans qui ét^iieiit sur le navire. ■ ••n'^#!^"<*' '''^^
Ces eaux mêmes, dont il restait en grande abondance après le voyage , servirent plus tard dans les Indes à la guérison d'une infinité de malades. ,:' -;.'^ . \- . , - ^y.i;-,^-':~:':l^-k|^;lf^^^^
Un enfant âgé de cinq ans tomba dans la mer : son père qui était païen en fut inconsolable , et s'enfermant dans l'intérieur du navire, demeura trois jours sans paraître. Après cet intervalle, Xavier, qui le rencontra sur le pont, lui demanda la cause de sa douleur, et l'ayant apprise, se recueillit quelques instants et dit h cet bomme : « Si Dieu vous rend votre enfant , promettez- vous de croire en Jésus-Christ? » L'infidèle promit, et trois jours plijs tard, à l'heure où le soleil se levait, on vit le jenne enfant assis au bord du navire. L'enfant ignorait ce qui s'était passé durant les six jours ; il se souvenait seulement d'être tombé dans la mer, et ne pouvait dire comment il en était revenu. Son heureux père, croyant à peine au témoignage de ses yeux , vint se prosterner aux pieds (lu Saint et demanda le baptême avec toute sa famille : l'enfant ressuscité reçut le nom de François.
Enfin, dans une île où l'on aborda, d'autres mahométans, émus de la renommée de l'Apôtre, vinrent écouter sa prédication ; et le glorieux pêcheur d'hommes recueillit encore dans ses filets évangéliques cette proie bienheureuse. Tous les nouveaux convertis demandèient le baptême, et l'on rapporte qu'alors, au moment où il leur conférait le Sacrement divin , François parut à toute l'assemblée d'une stature au-dessus de l'humaine : ses pieds touchaient au lillac du navire, et ses mains, en baptisant, dominaient Jfis néophytes, de qui la taille était très-élevée, et qui se tenaient debout devant lui. Cet éclatant prodige fut vérifié par de nombreux témoignages : ainsi Dieu se plaisait h glorifier son Saint par des merveilles sans nombre, et exaltait ce géant spirituel en le montrant au monde sous des apparences au-dessus de l'hmnanité : et ('('S apparences duraient un certain intervalle, par un effet de la
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VIE DE SAINT FRAKCOIS-XAVIER
divine Providence, |)our la consolation des chrétiens et pour la conversion des gentils.
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Enfin, au mois d'octobre 1552, le navire aborda dans l'île de San- Chan, entrepôt du commerce entre les Chinois et les Portugais des Indes. Dans cette île aride, image de désolation, l'Apôtre des Indes et du Japon, qui serait devenu l'Apôtre de la Chine, si Dieu l'avait permis à sa sainte ambition, éprouva les souffrances et les délai^ements extrêmes qui consomment une vie sainte, en la conformant au souverain modèle, c'est-à-dire à Jésus crucifié !
Les marchands portugais, qui se trouvaient dans l'île, accueillirent le Père avec une joie profonde : on construisit pour lui, sur une colline vis-k-vis du port, un ermitage ou cabane de bois, couvert en branchages, où Xavier put célébrer le Saint-Sacrifice, instruire les enfants, pacifier les différends , et vaquer à tous les saints ministères que , dans aucune circonstance , l'homme de Dieu ne cessait d'accompUç.ys^^, ' -,. * ^ ■■"' #
Parmi ce concours de marchands, venus sur plusieurs navires pour la saison du commerce, était Pedro Velho, que le Saint aimait avec prédilection, et qui dut à ses vertus et à la protection de son'ami, si puissante auprès de Dieu, les grâces les plus éminentes. Un jour, Xavier, afin d'établir une jeune fille orpheline et pauvre, pria Yelho de lui donner une somme destinée pour la dot. Velho, pour toute réponse, lui remit la clef de son trésor, où se trouvaient 30,000 taëls (1). Xavier prit 200 taëls et rendit la clef. Velho, qui dans sa pensée, entendait partager avec le Saint le contenu de son coffre-fort , se plaignit affectueusement à ce vénérable ami. Alors, Xavier, profondement touché de cette charité, et le visage embrasé d'un feu prophétique, répondit à Velho : « Pedro, votre offrande est agréée de Celui qui sait apprécier nos intentions les plus secrètes : lui-même vous récompensera dans le temps ; et, dès aujourd'hui, je vous promets de sa part, que jamais, pendant cette vie, vous ne vous verrez dépourvu du uécessaire. Il vous arrivera d'être appauvri; mais d'excellents amis viendront à votre
(1) Le taël, monnaie de compte usitée chez les Chinois, vaut environ 7 fr. 60 c, argent de France.
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