LIVRE VII. — LETTRE VINGT-TROISIÈME
LETTRE XXIII
Au P. Gaspard Barzée.
Ces nouvelles et suprêmes recommandations, à la veille d'un long et dangereux voyage, me sont inspirées par la crainte, mon cher Gaspard, de ne vous avoir pas encore assez fortifié. Je reprends donc et je résume pour ainsi dire tous mes conseils , vous priant de le pardonner à mon extrême sollicitude, effet de mon amour pour vous, et de prendre bien ces avis qui sont multipliés comme à l'infini.
Avant tout, souvenez-vous de vous-même, et veillez à l'avenir de votre âme. Vous n'ignorez pas la vérité de cette sentence : Pour qui peut être bon, celui qui est mauvais pour luimême (1)?
Témoignez toujours une charité sincère et une indulgence aimable aux Pères et aux Frères qui sont sous votre obéissance ; bannissez la sévérité et les dehors austères, si ce n'est envers ceux qui vous paraîtraient abuser de votre modération. A ceux-là vous devez faire sentir, pour leur avancement personnel, et non pour venger votre offense, un certain aiguillon de sévérité ; s'il vous paraissait surtout que la présomption eût enflé leur amour-propre , il serait nécessaire , pour eux et pour le prochain, que leur orgueil fût abattu; mais ceux qui ont péché par ignorance ou par fragilité naturelle, vous pourrez souvent leur pardonner, avec avantage pour eux-mêmes , et sans inconvénient pour le bon ordre : tandis qu'avec les présomptueux l'indulgence est funeste ; ils y prennent une singulière arrogance, et portent le désordre en toutes choses, s'ils trouvent ep face d'eux un recteur qui faiblit et qui paraît Tes craindre.
Le grand nombre des admissions sans discernement n'est point un secours pour la Compagnie, mais un fardeau. Un
(1) Eccli., XIV, 5.
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