LIVRE VIII. — LETTRE TROISIÈME
même dévouement. J'étais venu à Malacca pour passer de cette ville au Japon. D. Pedro, en deux jours seulement, par les efforts de son zèle, m'a procuré pour ce voyage un navire, le meilleur qui se pût trouver dans le port, et je ne pouvais dans la circonstance en désirer un plus convenable : il m'a de plus remis des présents en nature , d'une valeur de 200 écus d'or, achetés de ses propres deniers, et m'en a fait don pour qu'ils fussent offerts au souverain du Japon, afin de me concilier sa faveur, si précieuse pour la propagation de la loi de J.-G. Que Dieu n'at-il permis que cette année encore D. Pedro da Silva fût gouverneur de la place de Malacca : l'ambassade de Diogo de Pereira, destinée pour l'empire de Chine, aurait eu naturellement une issue plus favorable : et nous nous en promettions les plus heureux succès pour la dilatation de notre sainte rehgion. Combien à mon égard s'est montré différent son frère germain D. Alvare, qui m'a retiré les moyens de faire voile pour la Chine, et qui m'a privé du navire que le vice-roi mettait à ma disposition ! Que Dieu lui pardonne; mais je crains malheureusement que la Majesté divine, outragée si gravement par lui, ne lui envoie un châtiment plus sévère qu'il ne saurait le prévoir ou le craindre. * Mais, pour revenir à son frère si différent de lui^ en dernier lieu D. Pedro m'a prêté, de la manière la plus obligeante, 300 écus d'or, dont j'avais actuellement besoin pour acquitter d'anciens engagements contractés au Japon. En effet, lorsque j'étais en ce pays, il me parut absolument nécessaire de faire construire une église dans la ville d'Amanguchi, et j'ai emprunté à des négociants portugais de cette ville 300 écus d'or pour les employer à cette œuvre. Le terme était venu pour acquitter ma dette, et mes créanciers pouvaient se présenter , et réclamer l'effet tiema parole. Le zèle empressé de D. Pedro s'est offert pour remédier à mon insuffisance ; et l'éminent service qu'il m'a rendu pouvait paraître une libéralité pure. Aussitôt donc qu'il mettra le pied à Goa , je veux et j'ordonne que vous