LIVRE VIII. — LETTRE HUITIÈME
pire de la Chine, aussitôt que vous en serez informé, seigneur, n'hésitez pas à m'écrire souvent et par toutes les occasions; car en quelque situation que je sois, ce me sera la plus vive consolation d'être informé de la santé et des actions d'une personne aussi chère.
Que Notre-Seigneur vous accorde autant de consolation dans cette vie, et de gloire dans la vie future, que j'en désire pour moi-môme ! Adieu.
Du détroit de Singapour, le !'=•■ août 1552.
Le vicaire de l'évêque, à Malacca, m'a prié d'écrire en sa faveur à S. M. Je me rends à son désir, quoiqu'on m'ait fait connaître que, dans l'affaire de notre ambassade en Chine, il n'a point accompli tout ce qui était en son pouvoir, pour nous servir, ou plutôt pour servir la cause universelle , et qu'il a sacrifié les intérêts du service de Dieu et de la propagation de notre sainte religion à la faveur de Dom Alvare Alfonse, gouverneur de Malacca, envers lequel il affecte un entier dévouement, dans des vues intéressées et pour des avantages temporels qu'il espère acheter par ses adulations. Mais c'est vivre dans une étrange erreur que de perdre de vue Dieu, de qui tout bien tire son origine, et de présumer que l'on obtiendra des hommes ce dont on a besoin ou ce que l'on désire.
En vérité, j'ai pour ordinaire de me venger de ceux qui m'ont offensé, en les comblant de tous les bienfaits qui sont en mon pouvoir; car le châtiment qu'ils ont mérité, Dieu saura l'envoyer infailliblement, et vous verrez , seigneur , par une expérience éclatante, que Dieu châtiera très -rigoureusement tous ceux qui se sont opposés à moi, lorsque je travaillais au bien de son service. En vérité, je vous le déclare, seigneur, j'éprouve à cette heure une compassion profonde, et je tremble que des punitions bien plus graves que ces hommes ne sauraient s'y attendre, ne se trouvent suspendues sur leurs têtes.
Je vous prie, seigneur, de daigner remettre la lettre oîi