LIVRE VIII.— LETTRE NEUVIÈME
tières, vous instruiront touchant les mœurs et les usages des marchands du pays , les résultats présents des opérations commerciales et l'avenir qu'elles offrent : pour moi, qui suis peu versé dans ces questions, j'ai jugé plus prudent , en raison de mon ignorance , de ne point vous en écrire. Je vous ferai part uniquement de ce qui intéresse mes propres affaires : j'attends ici tous les jours un marchand qui a pris l'engagement de me conduire à Canton. J'ai stipulé pour prix de ce service que je lui donnerais 20 piculs de poivre : le picul, mesure du pays, équivaut à 120 livres portugaises. Puisse cette affaire réussir, et elle réussira , je l'espère , pour le service et la plus grande gloire de Dieu Notre-Seigneur.
Si un homme a bien mérité de la divine Providence en toute cette entreprise, c'est vous, sans contredit, et vous en aurez toute la gloire; car vous avez fait l'avance, avec une grande libéralité, de tous les frais de monvoyageetde celui de tous mes compagnons jusqu'en cette île , ainsi que le prix stipulé par moi, comme je viens de le dire, pour notre introduction sur le continent chinois et dans la province de Canton, Thomas Scandelho, votre mandataire, accomplit vos ordres avec une rare fidélité, et me remet tout ce que je lui demande. Que Dieu le récompense de sa grande charité, et des bienfaits de tous les instants dont il ne cesse de me combler avec une sollicitude infinie !
Le marchand chinois qui doit me conduire sur le territoire de Canton est parfaitement connu de Manoël de Chaves, il a conservé Manoël durant plusieurs jours dans sa demeure à Canton , lorsque celui-ci s'est vu délivré de ses fers. J'ai donc la confiance qu'il ne sera pas infidèle à sa parole, et j'ai de plus reconnu, en traitant avec lui dans ce port de San-Chan, qu'il estimait d'une grande valeur le prix de 20 mesures de poivre. J'ai l'espoir, par l'entremise de Manoël de Chaves, que je présume trouver à Canton jouissant de la liberté et prêt à retourner dans l'Inde, de vous écrire longuement sur le succès de nos affaires, et