‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 7 sur 759 · CHAPITRE PREMIER (1506-1541). XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER (1506-1541). XIX

ments, et surtout l'ineffable amour de Dieu pour les pécheurs, étaient sçs textes les plus ordinaii-es, exprimés en peu de paroles, mais avec une efficacité merveilleuse. Son langage, imprégné de la grâce divine, n'avait rien des élégances ni des délicatesses de l'art oratoire. A ses discours se mêlaient des paroles italiennes, espagnoles et françaises ; mais tout y respirait l'éloquence apostolique. Dans l'extérieur, dans les mouvements, dans les accents du Père, tout révélait la dévotion, l'humiUté et la sainteté mêmes. On voyait que, suivant le style d'Isaïe, ce prédicateur de la divine parole avait posé ses pieds sur la montagne sainte, avant de descendre au milieu des cités.

En peu de mois, des conversions sans nombre s'opérèrent dans Bologne ; il en était de môme dans toutes les villes où les nouveaux confrères exerçaient leur mission. '

Mais l'excès de la fatigue, la rigueur des privations et le froid de l'hiver occasionnèrent à Xavier une fièvre qujirte qui dura pendant plusieurs mois, et qui altéra ses forces et l'air de son visage, au point de le faire paraître comme un homme déjà mort. Néanmoins, il se traînait encore, si languissant qu'il fût, au milieu des places, et son apparence, au défaut de sa voix, était une prédication toute-puissante, et féconde eu conversions parmi ses auditeurs. . ,' r-

Jérôme Casalini, mettant à profit les précieux enseignements el les saints exemples dont il était le témoin intime, s'éleva bientôt lui-même à une éminente perfection. On doit à ce saint prêtre de touchantes révélations sur les oraisons du Saint pendant des nuits presque entières, et sur les actes héroïques de sa mortification et de sa piété. Souvent, en célébrant la sainte messe, surtout en l'honneur de la Passion de Notre-Seigneur, Xavier répandait d'abondantes larmes, et parfois à l'oraison pour la commémoration des vivants, U entrait en extase, et son âme ne revenait animer son corps qu'après une heure écoulée.

Peu d'années après, la piété des habitants fit ériger en chapelle la modeste demeure où Xavier avait reçu l'hospitaUté , et l'église de Sainte -Lucie, dans les dépendances de laquelle se trouvait la maison de Casalini, fut donnée à la Compagnie de Jésus : cette église ayant été rebâtie, la chapelle fut comprise en son enceinte, et dédiée au mystère de la Circoncision de Jésus- Christ.

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VIE DE SAINT FRANÇOIS-XAVIER

Au milieu du Carême de 1538, le P. Ignace, qu'une vision prophétique de Jésus-Christ appuyé sur sa croix avait appelé à Rome, en lui faisant entendre ces glorieuses paroles : « Je vous SERAI FAVORABLE DANS ROME, » couvoqua tous ses Compagnons dans la métropole chrétienne. Paul III désira que les Pères se partageassent pour la prédication les principales églises. Xavier et Lefèvre furent choisis pour prêcher alternativement dans l'égUse de Saint-Laurent in Damaso. Dès cette époque, on vit renaître dans Rome le fréquent usage des sacrements; et ainsi que les membres reçoivent de leur chef le mouvement et la vie, les exemples de la ville sainte commencèrent à être suivis dans les différentes contrées de l'Italie et dans toute l'Europe.

Pendant l'hiver de 1539, Rome se vit désolée par la famine, et les dix prêtres étrangers y donnèrent de singuliers exemples de charité sainte. Xavier, parmi les autres, recherchait toutes les occasions de soulager les misères des corps et des âmes ; il recueillait des aumônes en faveur des plus misérables, il les assistait par toutes les industries de son zèle, et souvent même on le vit recueillir sur ses épaules, exténuées par la mortification, les malades et les mourants, et les transporter lui-même aux infirmeries.

Cependant le roi de Portugal, Jean III (1), ambitieux sur toutes choses de procurer le règne de Dieu, dans les nouveaux domaines que ses sujets héroïques ne cessaient d'ajouter à son empire, avait entendu parler de ces admirables prêtres, qui venaient se dévouer, sous la main du souverain pontife, aux missions les plus lointaines et les plus périlleuses. Le docteur Diogo de Govea, qui avait connu Ignace, Lefèvre et Xavier à Paris, où lui-même avait été recteur du collège de Sainte-Barbe, ayant fait connaître à l'ambassadeur de Portugal à Rome, D. Pedro de Mascarenhas (Voir Lettres, I, 8, note), les vertus éminentes de ces hommes apostoliques, ce dernier en fit part à son souverain, et Jean III demanda six des missionnaires au souverain pontife.

Paul III renvoya la demande au P. Ignace, laissant au saint

(1) Jean III, qui régna de 1621 à 1667, fut par sa piété comme par ses autres vertus royales l'exemple de son siècle et de sa nation. Nous verrons dans les lettres du Saint les éloges précieux que mérita ce prince, digne, aux yeux mêmes du monde, de la couronne éminente réservée aux grands souverains.

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