CHAPITRE PREMIER (1506-1541). X3UL
fondateur l'entière liberté d'y répondre à son gré. Déjà, le pontife avait apprécié les œuvres d'Ignace et de ses compagnons, et les cardinaux chargés par ses ordres d'examiner les plans du nouvel Institut, en préparaient l'approbation pour la signature du saintpère. " ::}■?:'
Ignace, imitant en cette occasion le vénérable patriarche saint François, qui divisait l'apostolat du monde entre ses premiers disciples, considérant surtout que l'Europe était infectée de l'hérésie protestante, mais en même temps portant ses regards vers l'Asie, l'Afrique et l'Amérique, où de nouvelles contrées apparais salent chaque jour au génie des navigateurs, Ignace consentit seule ment , sur dix religieux , à en accorder deux à Mascarenhas : le pape l'ayant approuvé et lui ayant laissé le choix , le patriarche désigna les PP. Simon Rodriguez et Nicolas Bobadilla. Rodriguez se trouvait alors à Sienne, et Bobadilla dans le royaume de Naples. Rodriguez revint de Sienne ; mais, se trouvant indisposé dans le temps même fixé pour son départ, il ne se rendit à Lisbonne qu'après quelques semaines. Bobadilla , tombé gravement malade à son arrivée à Rome, devint absolument incapable de partir ; et Mascarenhas, de qui le temps d'ambassade était révolue, et qui désirait conduire avec lui l'un au moins des deux missionnaires , insista vivement auprès du saint-père et d'Ignace lui-même, afin que Bobadilla fût remplacé par un autre.
Ce fut alors que Dieu voulut bien inspirer au P. Ignace l'élection de Xavier, déterminée depuis longtemps dans les conseils de sa Providence, révélée par avance à Xavier lui-même , et que l'humilité du saint missionnaire avait tenue secrète.
Le P. Ignace appela Xavier et lui dénonça la vocation divine : « Frère maître François, lui dit-il, la mission des Indes vous est conférée par le choix même de Dieu. J'avais élu Bobadilla; mais Dieu, pour vous envoyer, a retenu ce Père, et les autres sont occupés aillem-s, pour le service du Saint-Siège apostolique. Je vous avais réservé pour d'autres ministères , et j'avais espéré vous conserver près de moi ; mais le Seigneur dispose de vous et vous charge d'aUer annoncer aux terres les plus lointaines la parole du saint Evangile. Obéissez fidèlement à ses ordres, en reconnaissance d'une faveur si grande. Déployez cette ardeur qui a toujours éclaté en vous. Que vos actes égalent votre courage, la grandeur de l'entreprise, et les espérances que le Ciel a conçues de vous. Je
VIE DE SAINT FRANÇOIS-XAVIER
n'ajouterai rien, car c'est à vous que je parle. Je connais l'étendue de votre obéissance : vous savez courir, non-seulement sur un commandement, mais au moindre signe de la volonté du supérieur. Je sais qu'avec vous il suffit de dire, et j'ai dit. Allez dans les voies de Dieu, qui vous appelle aux Indes. »
Le P. François, s'humiliant d'abord, se déclara complètement indigne d'une mission si haute: mais acceptant ensuite avec effusion le devoir de l'obéissance, il confessa que les Indes avaient toujours été l'objet de ses désirs, et découvrit à son P. Ignace tous les signes mystérieux de sa vocation, dont Dieu l'avait favorisé : la prédiction de sa sœur, un songe dans lequel il portait, avec des efforts infinis, un Indien sur ses épaules (1) ; et cet autre songe, ou cette extase mystérieuse, dans laquelle il avait entrevu des mers immenses et pleines de tempêtes, des terres barbares, la faim, la nudité, les dangers et la persécution jusqu'à la mort (2). Mais, alors, il tut les paroles échappées à son amour, et entendues de Rodriguez seul : « Plus encore, Seigneur, plus encore ! » et dont celui-ci connut le sens, de la bouche même de Xavier, dans leur dernier embrassement à Lisbonne.
Au moment de s'éloigner de Rome, et dans la prévision de la confirmation prochaine de la Compagnie de Jésus par le souverain pontife, Xavier remit au P. Lainez trois déclarations cachetées, contenant son adhésion à la forme de l'Institut, son suffrage pour l'élection du général, et le renouvellement de ses vœux. Nous donnerons avec les lettres ces trois déclarations, qui doivent se trouver en original dans les archives du Gesù à Rome [Lettres, liv. I, pp. 47 à Zi9).
L'ambassadeur partait le lendemain, et Xavier ne désira ni ne prit que le temps de raccommoder lui-même sa robe, d'embrasser ses Confrères et d'aller baiser les pieds du saint-père. Paul III le reçut avec une tendresse pleine de joie, et lui adressa ces paroles vraiment prophétiques : « Nous rendons grâces à Dieu, lui dit-il, de ce que, dans le temps de notre pontificat, il a daigné rendre aux chrétiens de l'Orient la foi de Jésus-Christ que
(1) Voir le P. Vieyra, laverius dormiens: sermo primus.
(2) Voir le P. Vieyra, Xaverius dormiens: sermo secundus.