LIVRE VIII. — LETTRE QUINZIÈME
j'espérais que vous dussiez partir l'année prochaine pour la Chine ; mais je prends conseil à cette heure d'un autre espoir, qui s'offre à moi, de passer en Chine dès cette année même. Cet espoir me vient d'un marchand cantonais : et si (ce qu'à Dieu ne plaise !) il vient à manquer, j'ai pris la résolution positive d'accompagner Diego Vaez, Aragonais, qui doit aller, ainsi que je vous l'ai dit , dans le royaume de Siam. De là j'ai la confiance de pouvoir aisément, l'année suivante, parvenir à Canton sur l'un de ces navires chinois que l'on appelle jonques. Que s'il arrive (^e votre ambassade se réaUse l'année prochaine, j'espère que nous nous retrouverons ensemble à Comaï ou à Canton , et Dieu seul sait avec quelle consolation ! Écrivez-moi, je vous prie, si vous en avez l'occasion, dans le royaume de Siam , ce que vous aurez décidé ; car, en toute circonstance , il me sera très-agréable de connaître par vos lettres mêmes l'état de vos affaires. Quant aux: détails de la convention avec le marchand chinois qui me doit transporter dans la ville de Canton, je ne vous les donne point encore; il sera plus à propos et plus satisfaisant de vous en instruire, l'affaire étant accomplie : attendez donc les lettres que je dois remettre pour vous à Manoël de Chaves.
Si nos Pères , à Malacca , à Goa , ou ailleurs , vous peuvent rendre quelques services pour la conclusion favorable de votre ambassade, ne craignez point de recourir à leur zèle : François Ferez, Gaspard Barzée, et tous les autres Pères des différentes résidences , s'empresseront, sur vos premiers désirs, de vous servir de toute leur puissance : ils savent parfaitement combien moi-même je l'ai à cœur. Mais ce qui est à leurs yeux le souverain point, ils ont l'intime persuasion que cette affaire intéresse par-dessus tout la gloire de Dieu, Notre-Seigneur, et la délivrance d'une infinité de malheureux Portugais, qui souffrent la plus rigoureuse captivité dans les geôles chinoises : je viens d'apprendre , à ma très-vive douleur, que mon excellent
LITRE yiH.— LETTRE QUINZIÈME.
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ami François Pereira de Miranda a tout nouvellement partagé leur sort par l'effet d'un déplorable accident. J'ai ressenti en effet , et j'en suis pénétré de reconnaissance , toutes mes obligations envers lui, pour les bons offices et les bienfaits ^||ont il nous a comblés d'une manière admirable, lorsqii^il était en même temps que nous à Firando, dans le Japon , et qu'il était entouré d'un équipage nombreux dont il était le chef, et qui partageait ses dispositions ànotre égard.
Les lettres que le seigneur vice-roi des Indes destinait à être remises par vous au souverain de la Chine , je les avais emportées par mégarde , et je vous les renvoie avec la présente. Je vous prie de nouveau , seigneur, de ne point manquer de m'écrij^'e fians Ig rpyaume de Siam ; car je suis entièrement résolu, comme je vous l'ai fait connaître, si l'espérance que j'ai fondée sur le marchand chinois nous manquait, ce qu'à Dieu ne plaise! à me rendre dans le royaume de Siam, et à tenter de pénétrer par cette voie dans la Chine. Si Dieu, Notre-Seigneur, daigne favoriser au moins cette dernière entreprise, j'irai vous attendre à la cour du souverain chinois, si je ne suis plongé dans les fers à Canton. De toute manière enfin, si la faveur céleste m'ouvre un accès vers la Chine, vous me retrouverez dans l'un de ces endroits si différents, dans l'une de ces conditions si diverses : captif dans les geôles cantonnaises, ou à Pékin (qui parait être la résidence du souverain de la Chine), attendant votre venue, et m' efforçant d'y remplir les fonctions de votre courrier ou d'un représentant de vos intérêts.
Je n'ajoute aucune parole, après vous avoir déclaré, ce qui est la vérité même , que je désire ardemment connaître ce que vous faites, l'état de votre santé, le point de vos affaires et de vos .espérances, et si j'étais riche, je ne croirais pas en acheter les nouvelles trop cher en les payant 3u poids de l'or. Maisje me sens empressé de les acheter encore à un plus haut prix, parla confiance que me donne la